L'influence du "gaming" à la littérature

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31/07/2016

La Caverne de la Rose d'Or, un retour à l'enfance sous le signe de la fantasy

La Caverne de la Rose d’Or est une série de cinq téléfilms italiens de fantasy qui fleure bon l’enfance. Diffusée en France pendant les vacances de Noël de 1991 à 1996, cette série, sans doute l’une des plus anciennes pour le genre, fut un véritable émerveillement visuel et scénaristique pour les enfants petits et grands de l’époque.

Réalisés par Lamberto Bava, ces téléfilms racontent le destin hors norme d’une jeune princesse rebelle prête à affronter tous les dangers pour sauver son royaume. Chaque film correspond à une quête que doit mener la jeune Fantaghiro pour sauver son peuple, son amour ou sa famille des griffes de puissants sorciers ou sorcières maléfiques.

Fantaghiro évolue dans un moyen-âge idéalisé où la magie peut prendre bien des formes. A l’instar de Cendrillon, elle a, elle-aussi, une fée marraine qui la protège au moment les plus critiques de sa vie. Elle se nomme la sorcière blanche et va notamment jouer un rôle déterminant dans l’intrigue du premier épisode car c’est elle qui va lui permettre de rencontrer son grand amour le prince Romualdo et de le garder.

Chemin faisant, Fantaghiro multiplie les rencontres insolites comme celle de petits-êtres magiques qui ressemblent à des légumes ou à des champignons. Ceux-ci peuplent une forêt enchantée dans laquelle Fantaghiro devra délivrer des enfants emprisonnés par le terrible Tarabas.

Dans ses quêtes, elle est accompagnée d’un cheval doué de paroles, Crin d’or, et d’une pierre magique parlante qui a la capacité de toujours revenir à son propriétaire. Chaque aventure est motivée pour combattre un danger, c’est une lutte perpétuelle entre le Bien incarné par Fantaghiro et Romualdo et le Mal personnifié tantôt par la sorcière noire, tantôt par le prince des ténèbres Tarabas et son infâme mère, ou tantôt par le cruel Darken.

Même si Fantaghiro n’est pas une magicienne à proprement parlé, la magie occupe bien une place centrale au sein de chaque épisode et la jeune femme en dispose sous la forme d’éléments ensorcelés dont elle se sert pour mener à bien sa quête comme le baiser magique qu’elle obtient de Tarabas pour sauver son amour.
La Caverne de la Rose d’Or est donc une jolie saga de fantasy qui réunit tous les éléments traditionnels au genre afin de s’assurer une belle audience même si à l'heure d'aujourd'hui on trouverait sans doute cette série un peu vieillissante. Magie, aventure et amour, tout y était pour remporter l’adhésion du public. D’autant que le casting est suffisamment bon pour donner du poids à la série. Le duo formé par Alessandra Martines et Kim Rossi Stuart est admirable. Alessandra y campe une magnifique Fantaghiro aussi téméraire que piquante et Kim Rossi Stuart est si chevaleresque, si envoûtant sous les traits du prince Romualdo que l’on ne peut que succomber sous leurs charmes respectifs. Autres prestations remarquables à souligner, ce sont celles des acteurs qui incarnent les méchants de l’histoire. Il y a quand même des grands noms du cinéma avec la participation d’Ursula Andress en tant que mère du prince des ténèbres et Jean-Pierre Cassel qui lui sera le père de ce dernier. Tous deux personnifient avec une grande justesse la noirceur, la monstruosité et la perfidie. Quant à Brigitte Nielsen, elle joue à la perfection cette sorcière noire que l’on déteste dans ses premières apparitions mais qui révèle certaines failles au cours de l’histoire. Enfin le ténébreux Tarabas, alias Nicholas Rogers demeure une belle découverte pour son public car au lieu d’être un personnage détestable, il devient au contraire très attachant, et nous promet quelques belles surprises dans l’évolution de son personnage.

Finalement, La Caverne de la Rose d'Or, c’est une belle distribution qui nous offre pour l'époque un divertissement sous le signe d’une fantasy terriblement enchanteresse. 

Fantasy à la carte

27/07/2016

La fête Viking de Jumièges, un festival venu du Nord

Oyez, oyez peuple de Normandie et d'ailleurs, des hordes de Vikings assoiffés de conquêtes ont envahi le temps d'un weekend les alentours de l'Abbaye de Jumièges les 23 et 24 juillet 2016.

Une belle manière pour s'immerger dans la culture viking en se baladant parmi les tentes du campement de ces hommes et ces femmes venus du Nord. Une festivité animée par des associations de passionnés qui aiment se retrouver au moment des festivals pour offrir un spectacle aux flâneurs. Ainsi, il était possible de les observer en train de se restaurer, de travailler le cuir, de jouer de la musique, de fourbir leurs armes autour des feux de camps. A quelques pas de là, des marchands ambulants proposaient leurs produits: vêtements médiévaux, bijoux, articles de cuir, armes, pains à l'ancienne et autres colifichets s'étalaient autour d'un marché médiéval pour contenter le chaland. 
Au programme de ces deux jours, petites scénettes retraçant les moments forts des invasions vikings en Normandie, des scènes de combats ainsi qu'une féerie nocturne où les cracheurs de feux s'y sont donnés à cœur joie. Un festival amateur et bon enfant qui aura ravi petits et grands, soyez en sûrs. 

Mais ce fut également une occasion de retrouver un peu de fantasy chère à notre cœur avec la présence de Valentin Frété pour une petite dédicace de ses Chroniques du Nord. Ce sympathique géant n'est pas sans rappeler son héros Torfa dont l'esprit aventureux, d'ailleurs, virevoltait autour de son étal afin d'inciter les lecteurs à partir en quête d'aventures, à moins que ce ne fut celui de Thor. Qui sait!

Comme quoi la fantasy est encore un genre bien vivace que l'on retrouve même où on ne l'attend pas. 

Fantasy à la carte

24/07/2016

Pierre Grimbert, L’Ombre des Anciens, Le Secret de Ji, tome 3

Après avoir dévoré les deux premiers tomes du Secret de Ji, ma curiosité était définitivement piquée pour que j’enchaîne le troisième roman dans la foulée.

Me voici à nouveau en compagnie de Rey, Grigan, Corenn, Yan, Léti, Lana et Bowbaq qui continuent de mener leur quête.

Déjà, l’identité de leur ennemi dévoilée ne permet pas pour autant à nos héritiers de comprendre toutes les motivations de ce dernier. Que veut-il réellement ? Pourquoi s’en prendre à eux spécifiquement ? En quoi un si petit groupe de personnes peut le gêner dans sa conquête du pouvoir ? Toute la question est là et justement ce troisième tome nous met de plus en plus en présence avec l’ennemi. On fait peu à peu connaissance avec lui et on commence à percevoir que nos héros ne sont pas les seuls en danger. La noirceur imprègne progressivement les pages de ce tome et met la lutte entre le Bien et le Mal à nouveau au premier plan. On est plus que jamais plongés au cœur d’une grande saga de high fantasy

L’Ombre des Anciens est donc un tournant dans le récit de Pierre Grimbert d’autant que des mystères commencent à être dévoilés peu à peu satisfaisant ainsi notre curiosité de lecteur passionné.  

L’écriture de Pierre Grimbert est toujours aussi mordante au point que ce roman est à nouveau englouti en quelques heures. Quelle lecture haletante, pour moi le dernier livre est d'ores et déjà annonciateur de pleins de promesses. 

Fantasy à la carte

17/07/2016

Alan Lee, l’instigateur des univers féériques illustrés

Alan Lee est un illustrateur anglais né en 1947 dans le Middlesex. Très jeune, il se passionne pour le dessin et se forme à l’Ealing School of Art. Il est un artiste dans l’âme à la fois dessinateur, peintre, écrivain, et concepteur visuel pour le cinéma. En fait, dès que lui tombe sous la main le moindre bout de papier, il ne peut s’empêcher de gribouiller dessus.

Néanmoins, malgré des études largement tournées vers l’illustration, sa carrière s’oriente dans un premier temps vers l’édition et l’art commercial. 

Ce n’est qu’à partir de 1978, qu’Alan Lee multiplie les illustrations d’œuvres classiques de fantasy. Les plus marquantes sont Faeries de Brian Froud en 1979, Castles de David Day en 1984, Merlin Dreams de Peter Dickinson en 1988, Lavondyss (tome 2 du cycle de La Forêt des Mythagos) de Robert Paul Holdstock en 1991, ou encore The Mabinogion en 1997.

Passionné par les œuvres de J.R.R. Tolkien, il se joint à John Howe pour lui aussi se mettre à crayonner ce riche univers. C’est d’ailleurs à l’occasion du 100e anniversaire de la naissance de l’écrivain qu’Alan Lee réalise les couvertures des rééditions du Seigneur des Anneaux et de Bilbo le Hobbit, ainsi que le calendrier Tolkien en 1993.

En 1993 également, il illustre L’Iliade, puis en 1995, L’Odyssée, deux grands classiques de la littérature.

Comme son homologue John Howe, il contribue à donner une identité visuelle à la trilogie du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson. Il en sera même le directeur artistique de 2001 à 2003.
Mais avant de laisser sa marque dans l’adaptation cinématographique des célèbres romans de J.R.R. Tolkien, Alan Lee fut le directeur artistique de Legend de Ridley Scott en 1985, d’Erik le Viking de Terry Jones en 1989, et de Merlin de Steve Barron en 1998. Autant de films largement inspirés d’univers féeriques et légendaires car c’est vers eux qu’Alan Lee est attiré. En 2005, il collabore à nouveau avec Peter Jackson pour la réalisation de King-Kong, puis en 2008 avec Andrew Adamson pour le premier volet du Monde de Narnia. Enfin de 2012 à 2014, il est encore le directeur artistique des trois opus du Hobbit toujours de Peter Jackson.

La plupart de ses travaux se sont distingués à plusieurs reprises. Ainsi, pour Black Ships Before Troy : The Story of The Iliad de Rosemary Sutcliffe, il reçoit la médaille de Kate Greenaway, une prestigieuse récompense britannique pour célébrer le talent des illustrateurs. En 1998, il obtient le prix World Fantasy, un célèbre prix littéraire qui salue son travail. Et en 2004, un premier oscar lui est décerné, celui de la meilleure direction artistique pour le troisième volet du Seigneur des Anneaux. Autant de récompenses qui honorent cet artiste à la carrière remarquable.

En 2005, il édite un bel ouvrage sur l’univers tolkienien, le Cahier de croquis du Seigneur des Anneaux dans lequel il explique son processus de réalisation des nombreuses aquarelles de l’édition illustrée pour le centenaire de J.R.R. Tolkien. Ce sont d’ailleurs ces images qui ont façonné le visuel des trois films puisque les décors s’en inspirent largement. Enfin en 2007, Alan Lee est aussi chargé d’illustrer l’œuvre posthume de Tolkien, Les Enfants de Hurin, reconstitué par le fils de l’auteur, Christopher.

Plus qu’un simple illustrateur des œuvres du maître de la fantasy, Alan Lee est littéralement fasciné par ses écrits et par les films qui en ont découlé, au point qu’il participe à  quelques documentaires au début des années 2000. Ce sont des reportages qui viennent alimenter les bonus vidéo des coulisses des films de Peter Jackson. Ainsi, en 2001, Alan Lee contribue à l’emission National Geographic : Beyond the MovieThe Lord of the Rings, puis en 2002 au Making of The Lord of the Rings, et en 2004, il s’associe à John Howe pour réaliser un documentaire intitulé John Howe : There and Back Again dans lequel ils partagent leurs souvenirs professionnels sur leur contribution aux films.

Si on revient sur ses célèbres illustrations de l’édition du Centenaire, la première chose que l’on se dit en les regardant, c’est le souci du détail dont Alan Lee a fait preuve dans chacune d’entre elles. Ce ne sont pourtant que des aquarelles, or comme il le dit lui-même, elles sont un moyen pour créer une atmosphère sans vraiment être précises afin que ce soit l’œil du spectateur qui complète l’image au final en faisant travailler son propre imaginaire. Et pourtant lorsqu’on les regarde, on ne les voit pas floues. Bien au contraire, on a l’impression que c’est une image extraite du film, figée à un moment précis qui n’attend qu’une chose, qu’on appuie sur la touche lecture de notre lecteur dvd pour poursuivre le visionnage. 
Pour exemple, lorsqu’on jette un œil à son illustration des hobbits au milieu des trolls, on reste subjugués par le réalisme de la nature, le détail des feuilles tombées au sol, du vent soulevant les mottes d’herbes, de ces trolls qui semblent de pierre et qui épousent si bien la forme des arbres. Un paysage paisible semble tout enfin jusqu’à ce que notre œil s’attarde sur les crocs de l’un de ces géants trollesques qui nous rappellent le danger que courent nos héros à ce moment précis du récit. 

Autre illustration saisissante est son interprétation du Miroir de Galadriel. Elle est tout simplement luminescente grâce au contraste entre la forêt sombre en arrière-plan et Galadriel tout de blanc vêtue au premier plan dont la peau semble littéralement irradier. Une image fascinante pour le lecteur. Alan Lee joue beaucoup avec le contraste entre ombre et lumière dans ses œuvres.  La scène de la communauté de l’anneau arrivant devant la porte de la Moria témoigne très bien de ce magnifique jeu de lumières. L’illustration est sombre, cette noirceur nous rappelle le danger environnant. Et il y a comme un faisceau lumineux braqué sur les membres de la communauté comme pour nous rappeler qu’ils n’ont rien à faire là et que s’ils ne se dépêchent pas à ouvrir la porte, quelque chose de maléfique pourrait bien sortir du lac. Même si les personnages nous apparaissent lointains, un peu comme des ombres dans ce paysage désolé et inquiétant, les détails du lieu sont multiples comme cet arbre mort dont la souche est immergée dans l’eau. On sent bien le poids de la nuit dans ce dessin et les dangers inhérents. Alan Lee se sert donc des ombres pour nous faire ressentir la traditionnelle lutte du Bien et du Mal des récits de fantasy.

Pour Alan Lee, l’intérêt de son travail sur l’œuvre de Tolkien ne consistait pas à vouloir représenter à tous prix chaque personnage de manière détaillée, mais plutôt d’établir une atmosphère et de planter le décor. Finalement, ses illustrations sont très utiles pour comprendre la topographie de la Terre du Milieu. 

Même après toutes ces années passées à illustrer cet univers, la magie de Tolkien persiste à agir sur lui au point qu’il continue de fourmiller d’idées et reviendra sans doute d’ici quelques-temps à Tolkien. C’est la combinaison de certaines descriptions du récit associée à un souvenir propre qui vont d’ailleurs lui inspirer ses dessins. Un travail personnel qui s’est nourri de toutes ses lectures aussi bien des romans de J.R.R. Tolkien que de tous les livres féeriques et fantastiques qu’il a pu lire par le passé et qu’il lit encore aujourd’hui.

Grâce à des talents de renom de la trempe d’Alan Lee, les univers fantasy prennent formes et vie sous les yeux émerveillés des lecteurs. Plus que d’accompagner la lecture, ces illustrations donnent un véritable trait de noblesse à ces récits particuliers. Une magie qui opère au premier regard posé sur la couverture des livres car ce sont elles qui agissent comme un attrape-lecteur et à travers elles, c'est le génie de l’illustrateur qui est mis en avant pour donner l'envie de lire. 

Fantasy à la carte

10/07/2016

Bertrand Crapez, L'Héritier du roi Arthur

Lorsque les éditions Zinedi m'ont contactée pour me présenter le roman de Bertrand Crapez, le titre a tout de suite capté mon attention. L'héritier du roi Arthur est évocateur de tant de magie. Avec cette simple mention d'Arthur, on sait d'emblée que les légendes arthuriennes y seront à l'honneur. Or, depuis fort longtemps les histoires légendaires du roi de Camelot et des chevaliers de la Table Ronde fascinent l'imaginaire populaire. Pour un récit de fantasy, mettre la Matière de Bretagne en arrière-plan, c'est un peu un retour aux sources et, en soit un gage d'enchantement. 

Dans L'héritier du roi Arthur, le temps d'Arthur arrive bientôt à son terme. Il est devenu un vieil homme. Les chevaliers ont presque tous disparu. Le royaume de Logres est affaibli et est donc en danger. Or justement, c'est le moment que choisit Galaad pour assouvir sa vengeance et s'emparer du royaume. 

Pour faire face à ce grand péril, entre en scène le tout jeune Kadfael, fils de Perceval et de la fée Mélusine qui apparaît comme le héros de cette nouvelle histoire. Apprenti de Merlin, Kadfael aspire plus à s'amuser dans les rues de Camelot que de suivre assidûment les cours de son maître magicien. Mais l'arrivée retentissante de Galaad va tout bouleverser et le jeune garçon va vite se retrouver au cœur d'une quête aux lourds enjeux. La fameuse quête source de tous récit fantasy et incontournable du mythe arthurien se taille donc une belle place dans ce roman. 

Ici Bertrand Crapez n'a pas cherché à réécrire les textes de Chrétien de Troyes mais propose plutôt de poursuivre ces aventures légendaires. Il a lâché la bride à son imaginaire pour redonner vie aux hauts lieux mythiques tels Camelot ou Brocéliande. 

Entre ses lignes, on croise Arthur, Morgane, Perceval, Mélusine, Viviane, Yvain, Merlin qui côtoient les personnages de Bertrand Crapez sans pour autant choquer le lecteur. 

Son intrigue est bien construite. Le récit est fluide et la lecture n'en est que plus agréable. Bertrand Crapez nourrit son texte aussi bien de légendes celtiques, nordiques qu'arthuriennes. Des éléments pas négligeables car ils viennent en fait donner du poids à sa fantasy

Même si ce récit s'adresse en premier lieu à un jeune public, il est clair qu'on se laisse facilement charmer par cette plume que l'on ait 12 ou 70 ans d'ailleurs. 
En effet, Bertrand Crapez fait preuve d'une belle imagination pour offrir une grande aventure épique digne des plus célèbres chansons de geste médiévales. Il est un peu comme un ménestrel qui partagerait avec nous les hauts faits des grands héros de son époque. 

Grâce à lui, on a un aperçu de ce que serait la vie à Camelot après Arthur. Si certains seront sceptiques quant à cette intrigue, la découverte du roman risque fort de les bouleverser. En effet, retrouver les héros du passé et en découvrir des nouveaux est quand même une bonne idée. Pari audacieux mais réussi pour ce professeur qui a eu envie de mettre par écrit ses histoires afin de donner le goût de lire à son fils. 

Plus qu'un simple roman à lire, pour moi L'héritier du roi Arthur mérite d'être en lice parmi les romans pour le prix Imaginales des lycéens ou des collégiens. 

Fantasy à la carte

03/07/2016

Florent Marotta, Yzé et le Palimpseste, tome 1

Avec Yzé et le Palimpseste, Florent Marotta nous montre ce dont son imaginaire fantasy est capable.

C'est dans un univers post-apocalyptique que vit sa jeune héroïne prénommée Ambre Delage. Orpheline, elle vit seule avec sa tante dans la nova Lugdunum (anciennement appelée Lyon). Jusque-là scolarisée au lycée, elle connaît une vie trop monotone à son goût. Dans le monde construit par Florent Marotta, la terre a subi une guerre dévastatrice. Les humains se sont rassemblés dans des sortes de villes nouvelles, placées sous le contrôle d'un groupuscule d'hommes et de femmes se faisant appelé la Fraternité de la Lumière. Ce sont ni plus ni moins des fanatiques religieux effrayés par les détenteurs de pouvoirs magiques qui sèment la peur et maintiennent l'ordre sous la menace des armes à feu. C'est dans ce contexte opprimé qu'Ambre apprend qu'on lui a caché la vérité sur ses origines. Alors que sa tante et elle manquent de se faire tuer, Ambre découvre que son véritable nom est Yzé et qu'elle est en réalité une Wicce que des Magis veulent kidnapper. C'est donc sous des chapeaux de roue que démarre cette aventure fantasy

Florent Marotta introduit dans son récit deux catégories de magiciens: le Wicce et le Magis. Mais ce qui les différencie, c'est surtout leur rapport à la magie, leur manière de pratiquer leurs pouvoirs. 

Le Wicce proche de la nature utilise sa magie par l'intermédiaire d'un artefact qui lui est propre. C'est un peu le totem du magicien. Pour Yzé, c'est un pendentif en forme de Salamandre qui symbolise son élément: le feu. Cet objet constitue une aide pour canaliser le pouvoir. 
Le Magis quant à lui n'a pas besoin d'artefact et a donc moins d'entraves car son pouvoir peut se nourrir de tous les éléments: l'eau, la terre, le feu et l'air. Il en est que plus dangereux. 

Deux branches de sorciers qui ne se comprennent pas et dont le conflit perpétuel vient alimenter la traditionnelle lutte entre le Bien et le Mal du présent récit fantasy. Une autre lutte vient également s'ajouter à l'histoire déjà bien chargée, la guerre avec les Frères de la Lumière qui traquent tous les magiciens sans aucune distinction. Le but de ces exaltés n'est pas des moindres puisqu'ils cherchent à anéantir toute forme de magie. Avec toutes ces données, on imagine bien que la jeune Yzé va devoir entre autre mener sa quête de liberté afin d'empêcher les Magis et les Frères de la Lumière de détruire les Wicces, et la magie en général.

Dans des décors de fin du monde où la nature a bien souvent repris ses droits, Florent Marotta concentre ses intrigues autour de quelques lieux qui apparaissent comme les derniers bastions de vie, et même parfois de liberté. Les faubourgs des novas sont devenus le terrain des marginaux entre lesquels il n'est pas bon de tomber.  

Yzé et le Palimpseste est une fantasy sombre où les paysages de désolation peuvent faire penser à ceux de la série Shannara, adaptée du roman éponyme de Terry Brooks. On y retrouve la même dimension post-apocalyptique avec ses décors grandioses et désertés. 

Dans son monde, Florent Marotta fait déplacer ses héros par l'intermédiaire de portes qui leur permettent de se trans-localiser. Un moyen bien commode de s'assurer des déplacements magiques comme les piliers d'Art de Robin Hobb ou les Portoloins de J.K. Rowling. Ainsi l'auteur use de tous les éléments qu'il a sous la main pour que la magie s'ébatte gaiement dans son texte. Elle est le cœur de sa fantasy. Une fantasy contemporaine d'ailleurs aux accents parfois avant-gardistes. 

Avec son premier tome, Florent Marotta a réussi à proposer une intrigue cohérente et aventureuse. Les péripéties ne manquent pas pour venir pimenter chacun de ses chapitres et nous prodiguer une envie sans cesse renouvelée d'y retourner. En somme, Yzé et le Palimpseste trouve naturellement sa place parmi les rayonnages des romans de fantasy française à lire. 


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