L'influence du "gaming" à la littérature

30/10/2016

Amy Raby, La Flamme du Prince, tome 3

Troisième volet, La Flamme du Prince poursuit les aventures des grands héros d'Amy Raby. Une manière pour l'auteure de nous mener à nouveau au cœur de son univers. Ce qui n'est pas pour nous déplaire, cela dit. 

Un roman qui suit historiquement les deux premiers volumes. Ainsi, on va y retrouver des protagonistes que l'on connait, que l'on prend plaisir à revoir et on va en rencontrer de nouveaux. 

Ici c'est Céleste, la petite sœur de l'empereur de Kjall qui est sous les feux des projecteurs. Il faut dire que la vie n'a pas toujours été douce avec elle. Elle a par exemple été fortement malmenée lors du putsch de Cassian qui avait détrôné son frère dans Le Jeu de l'Assassin.

Depuis les choses ont évolué pour elle. Elle a retrouvé un semblant d'équilibre et de paix dans sa vie. Seulement cela pourrait changer. A Kjall, Lucien tente toujours d'instaurer durablement la paix avec les royaumes voisins. Sa dernière idée étant de se rapprocher d'Inya en signant des accords commerciaux et en proposant la main de Céleste au prince de cet archipel.  

Bien que déboussolée, la jeune Céleste sait néanmoins où se trouvent ses devoirs. Elle ne rechigne donc pas à l'idée surtout lorsqu'elle rencontre ledit prince. Séduisant à souhait, elle se voit très bien à son bras. Sauf que lui n'est pas du tout enchanté par cette idée et il lui fait bien comprendre. 

Méfiant de Kjall, Rayn n'est pas enclin à signer des accords commerciaux et encore moins à se lier définitivement à lui par l'intermédiaire d'un mariage. 

Seulement l'aventure ne fait que commencer et des incidents ne vont pas manquer de venir secouer nos deux héros.

Amy Raby nous ouvre les portes d'un territoire encore inconnu, un archipel qui ne manque pas d'exotisme. On y découvre un nouveau peuple avec ses us et coutumes. Mais aussi des paysages entre paradis et enfer comme seule la fantasy peut rendre possible. L'auteure entoure son récit de suffisamment de détails pour y transporter son lecteur sans peine. 

La Flamme du Prince fait partie de ces livres que l'on dévore en quelques heures pour les plus gourmands, sinon quelques jours pour les moins affamés. 

Comme à son accoutumée, Amy Raby a bien travaillé sa copie. Elle prend le temps de nous laisser apprivoiser ses deux personnages principaux. Elle en brosse le portrait avec minutie et s'assure ainsi notre plein attachement à leurs égards. 

Un roman que l'on prend plaisir par exemple à lire allongé sur sa serviette de plage au son du ressac, histoire de venir faire écho à l'ambiance du livre. 

Finalement peu importe le roman, Amy Raby appartient à cette caste d'auteurs qui sont capables de faire vibrer son lecteur du début à la fin de l'histoire.  


Fantasy à la carte

23/10/2016

Angel, un vampire aux allures de super-héros

Au vu du succès de Buffy contre les vampires, les créateurs Joss Whedon et David Greenwalt ont décidé en 1999 de faire évoluer cette série en proposant un spin-off mettant en valeur le personnage d'Angel. D'abord diffusées sur TF6 à partir du 26 mars 2001, puis sur TF1 à partir du 20 octobre 2001, les cinq saisons vont s'enchaîner jusqu'en 2005. 

Sans doute à cause de sa personnalité si riche et si complexe, c'est le personnage d'Angel, interprété par David Boreanaz qui est ici mis à l'honneur. Tout jeune acteur, c'est son intégration au casting de Buffy contre les vampires qui l'a révélé. Plus qu'une belle gueule, il a su capter l'attention des producteurs au point que ceux-ci lui proposent trois ans plus tard le premier rôle d'une série à son nom. Ce sera un tremplin pour sa carrière puisqu'il va accumuler quelques rôles au cinéma comme dans Mortelle Saint-Valentin en 2001 ou Justice League: The New Frontier en 2008, puis à la télévision à travers son personnage récurrent de l'agent Seeley Booth dans la série Bones.

Cette nouvelle série démarre lorsque Angel quitte Sunnydale et son grand amour Buffy pour emménager à Los Angeles où il prend la couverture de détective privé afin d'aider toute personne en danger faisant appel à lui. Chacun des épisodes est une manifestation de la lutte contre le Mal, parfois incarné par le cabinet d'avocats Wolfram & Hart, des avocats secrets à la solde de créatures démoniaques. Angel est le héros parfait pour personnifier le défenseur des plus faibles au vu de son histoire. Rappelons sa qualité de vampire maudit par une communauté de bohémiens par vengeance pour sa cruauté, ce qui fait de lui le héros torturé par excellence et donc idéal pour ce rôle. En effet, avant de devenir un vampire repentit, Angel fut Angelus, terrible vampire qui multiplia les massacres pendant plus de deux siècles. Justement ce lourd passé va permettre aux scénaristes de jouer avec en proposant des flash-back des souvenirs d'Angel. Ainsi, au fur et à mesure des épisodes, on en apprend un peu plus sur ce mystérieux vampire. Ce qui est notamment intéressant visuellement avec les allers-retours présent/passé que cela implique

Le contexte de cette série y est clairement plus angoissant déjà à travers son personnage principal qui est perpétuellement en quête de rédemption et de pardon. Non seulement il cherche à sauver des vies mais aussi à racheter ses fautes. La quête qu'il doit mener est donc double. De plus, l'action se déroule dans une grande ville où la vie humaine ne compte pas. La solitude s'en ressent d'autant plus. Angel présente donc tous les éléments d'une fantasy urbaine très ténébreuse. 

Dans sa quête de justice, il est entouré de compagnons qui seront un vrai au soutien au fil des aventures. C'est le personnage de Francis Doyle joué par Glenn Quinn qui sera d'ailleurs l'élément déclencheur de la vocation d'Angel. En effet, grâce à ses visions ce gentil démon va pousser notre vampire à venir en aide aux habitants de Los Angeles. Il lui donne un but et le tire de ses noires pensées. Glenn Quinn est un personnage clé mais il ne restera que le temps de neuf épisodes de la première saison. 
Son don est transmis à Cordelia Chase alias Charisma Carpenter qui a suivi Angel à Los Angeles. Déjà remarquée dans Buffy, Charisma Carpenter va enrichir son personnage. Elle n'y incarne plus cette adolescente gâtée et superficielle que l'on a connue. Elle est plus responsable et surtout plus attachante. Peut-être parce qu'Angel s'adresse à un public plus adulte. Les scénarios y sont nettement plus sombres. Plus grave, elle n'en demeure pas moins la petite bulle pétillante de la série. Finalement son personnage de Cordelia Chase demeure pour le moment son rôle le plus important puisque depuis elle n'a fait que de petites apparitions dans d'autres séries comme Charmed, Les Experts ou Supernatural sans pour autant décrocher un autre rôle régulier.

D'autres acteurs de Buffy rejoindront les rangs d'Angel avec notamment Alexis Denisof, le fameux Wesley Wyndam-Price, le nouvel observateur envoyé par le conseil pour remplacer Ruppert Giles auprès de Buffy et Faith. Toujours aussi collé-monté, Alexis Denisof incarnera un meilleur associé qu'il ne fut observateur auprès des tueuses de vampires. Habitué des séries comme How I met your mother, Private Practice, Grimm, il décroche aussi quelques rôles au cinéma comme dans Braquage au féminin (2001), Avengers (2012) ou encore Beaucoup de bruit pour rien (2013). 

Tout au long de ses cinq saisons, Angel reste intimement lié à Buffy contre les vampires en multipliant les cross-overs, c'est à dire que les deux séries vont partager des événements communs et permettre ainsi aux acteurs de jouer dans l'une et l'autre à différents moments de l'aventure. Ainsi, Spike (James Marsters) et Harmony ( Mercedes McNab) y obtiennent même un rôle régulier dans la dernière saison. Idée ingénieuse de la part des créateurs puisque cela incite le spectateur à suivre les deux assidûment pour ne rien perdre de l'intrigue. Ils s'assurent ainsi un minimum d'audience. 

Une série qui peut se targuer d'avoir obtenu un certain succès auprès du public, d'autant qu'elle s'est même diversifiée sous la forme de comics avec la publication d'une série de douze volumes Angel: After the Fall qui fait suite à la dernière saison. Après l'apocalypse, Los Angeles se retrouve en Enfer et Angel tente de sauver autant de citoyens qu'il peut des forces du Mal qu'il a lui-même déclenchées. 

Sans doute que l'aspect super-héros, vengeur de la nuit d'Angel a su plaire à son public et préparé peut-être le terrain aux nombreuses adaptations des plus célèbres comics qui sont tant à la mode à l'heure actuelle. 

Fantasy à la carte 

16/10/2016

Valentin Frété, Le fils du Tonnerre, Les chroniques du Nord, tome 4

Lors du dernier Cidre & Dragon, Valentin Frété dédicaçait en avant première son quatrième tome des Chroniques du Nord et il a profité de cette occasion pour me faire la surprise de me l'offrir. Belle attention de sa part, donc je commencerai cette chronique par le remercier. 

Après la lecture du Fils du Tonnerre, la première chose à souligner, c'est déjà la qualité de cette nouvelle aventure tant par ses péripéties que par ses révélations. 

Un titre très évocateur car rappelons la prépondérance de la mythologie nordique dans ces récits, et notamment ici la pleine référence à Thor, dieu du Tonnerre. Or, justement ce "fils du Tonnerre" ne désigne-t-il pas Torfa lui-même? Cela voudrait-il dire qu'il est un Dieu lui-aussi? C'est donc dans un fourmillement de questions que je me suis plongée dans la lecture de ce nouveau roman. 

Mais avant de vous parler de cette nouvelle épopée, je tenais à vous rappeler les derniers moments vécus par Torfa à la fin du troisième tome, et particulièrement l'instant où il quitte ses amis pour comprendre seul certaines choses. Dès lors, on sent que le quatrième roman sera un tournant dans l'histoire. Valentin Frété avait bien amorcé les choses pour annoncer le cataclysme de son prochain roman. 

Torfa a donc choisi de s'éloigner de ses amis, peut-être pour les protéger du danger. En effet, si lui cherche encore sa place au péril de sa vie, ses amis, eux, ont sans doute trouvé la leur. C'est pourquoi, il préfère continuer seul car son introspection personnelle n'est pas terminée. Seulement Ard, Raylias et Gin-Vin ne sont pas du même avis et sont bien déterminés à le lui prouver. 

Dessin de Torfa de Valentin Frété
De nouveau sur les routes, les héros de notre auteur Viking continuent de vendre leur épée au plus offrant comme tous bons héros d'heroic fantasy qui se respectent. Le hasard de l'aventure les mène en plein territoire Vösterlander où les conflits sévissent entre les natifs du coin et les Nordens. Cela va sans dire que Torfa, Ard & co vont se jeter dans la mêlée sans aucune hésitation. 

Les batailles feront rages et la fureur des guerriers sera poussée à l'extrême dans ce tome. Valentin Frété nous y fera d'ailleurs vivre les temps forts d'un siège. 

Pour Torfa, ce sera également un moment de grandes révélations, ce qui va nous permettre de comprendre où il va. 

L'auteur ménage à son récit quelques passages inattendus pour conserver l'attention de ses lecteurs. A travers ses lignes, il nous rappelle que c'est lui qui tient les rênes de son histoire en nous conduisant là où l'on ne s'y attend pas. 

Même si Le Fils du Tonerre redonne la primeur à Torfa, le récit tend de plus en plus vers de la high fantasy mettant en scène une communauté de personnages œuvrant pour le Bien. En effet, l'auteur a su enrichir ses héros au fil des livres afin que chacun trouve sa place dans cette quête de liberté. 

Finalement le dernier roman de Valentin Frété est une belle parenthèse de lecture, un beau voyage en territoire nordique.


Fantasy à la carte

12/10/2016

Les Halliennales: une édition 2016 très "Walking Dead"

Les Halliennales sont à Hallennes-lez-Hautbourdin, ce que les Imaginales sont à Epinal, c'est à dire un beau festival qui met les littératures de l’Imaginaire à l’honneur.

Cette année, 80 auteurs ont répondu présents pour venir échanger et dédicacer leurs plus belles œuvres le temps d’un samedi du mois d'octobre. Parmi eux de nombreuses plumes bien connues du milieu comme Pierre Pevel, Estelle Faye, Fabien Clavel, Cindy Van Wilder ou Georgia Caldera pour ne citer qu’eux. Qui dit belle plume, dit file d'attente, il fallait donc s'armer de patience pour obtenir le ou les livres dédicacés et discuter tout son soûl avec ledit auteur.

Pour célébrer dignement l’événement, un concours littéraire était organisé pour la troisième année consécutive mettant en lice cinq romans: I.R.L. d'Agnes Marot, Les enfants de Peakwood de Rod Marty, Zombiguité d'Aurélie Medonça, Cité 19 de Stéphane Michaka et Le gardien de la source de Vanessa Terral. Cinq livres qui assuraient ici bien leur rôle d'ambassadeur des différentes littératures de l'Imaginaire. Et c'est le livre Les enfants de Peakwood de Rod Marty qui a remporté cette année le prix des Halliennales

Fidèle à la tradition, le festival organisait également un concours de nouvelles ouvert à trois catégories d'âges: 9/10 ans, 11/15 ans et 16 ans et plus. Et c'est Fabien Clavel, invité d'honneur qui a parrainé cet événement. Les meilleures se sont donc vues attribuées une belle distinction. 

Plus que des rencontres littéraires, les Halliennales offrent également un moment convivial autour d'échoppes artisanales éphémères où l'on pouvait trouver vêtements, fanzines, goodies, bijoux, accessoires... ect.

Pour cette édition, c'est le thème du zombie qui a été plébiscité et qui a été longuement débattu autour d'une table ronde, animée par Paul Clément en présence de Fabien Clavel, d'Aurélie Mendoça, de Denis Labbé et de Giuseppe Manunta. Une thématique, on le notera, qui est à la mode depuis quelques années aussi bien du point de vue littéraire que télévisuel.

Bien entendu pour les passionnés, le costume était de rigueur et de nombreux zombies et autres squelettes ont envahi les allées de l'espace de Pierre de Courbetin afin de se mettre en concurrence pour un incontournable concours de cosplay zombie. 

Une cinquième édition qui montre un succès crescendo avec environ 4000 visiteurs qui n'ont pas hésité à passer les portes du complexe pour se laisser ensorceler par l'imaginaire des auteurs invités.  

Fantasy à la carte 

09/10/2016

Manon Fargetton, L'Héritage des Rois-Passeurs

Lorsque Manon Fargetton s'initie à la fantasy, c'est une belle fusion entre chimère et réel qu'elle dédie à ses lecteurs. 

On débute le récit en suivant la triste destinée d'Enora. La jeune femme vient d'atteindre sa vingtième année et retrouve son jumeau et sa famille pour célébrer ça avec panache. Mais la petite fête tourne au drame lorsque des hommes masqués et armés débarquent et tuent tout le monde. Tétanisée, Enora souhaite plus que tout, rejoindre son frère qu'elle sait être dans sa chambre. Mais son ami d'enfance, Alex la retient le temps que les assassins quittent les lieux. C'est donc dans un état second qu'elle finit par s'avancer vers la maison passant de découverte macabre en horreur innommable. Alors qu'elle croyait avoir vu le pire, sa destination finale risque fort de lui laisser un terrible goût de cendre dans la bouche. 

Après ces abominations sans nom, comment continuer à vivre ? Comment seulement en avoir envie ? 

Un homme va lui donner une raison de vivre: la vengeance. Sauvée une seconde fois des tueurs à ses trousses, Enora fait la connaissance de Julian et Charly, deux frères et de leur père adoptif Hank. Ces derniers vont lui faire d'étonnantes révélations. Enora découvre ainsi son étrange héritage, elle est la dernière descendante des Rois-Passeurs, c'est à dire qu'elle a le pouvoir de passer d'un monde à l'autre. 

Dans l'univers fantasmagorique de Manon Fargetton, il existe deux mondes: Rive qui est en tous points semblables à notre propre monde et Ombre qui est son reflet magique. 

Même si Enora ne rêve que de décimer ces tueurs, elle doit d'abord comprendre et donc avant toute chose se mettre à l’abri. C'est donc vers Ombre qu'elle met le cap avec ses deux nouveaux amis: Julian et Charly.

Ombre, une terre de merveilles où la magie règne en maîtresse absolue. Mais c'est également un territoire où la religion se dispute le pouvoir avec le roi en place, qui avec la mort subite de sa femme voit son trône menacé. En effet, ici le pouvoir se transmet de femme en femme. C'est donc à la fille aînée que revient la couronne. Et justement cette dernière choisit ce moment précis pour revenir à Astria. Un retour qui ne se fera pas sans mal. Combat et sang risquent fort d'entacher l'avenir et le royaume. Avec L'Héritage des Rois-Passeurs, Manon Fargetton donne sa propre définition de la vengeance. Et croyez-moi, ce n'est pas un vain mot. 

C'est un premier roman de fantasy soigné. A travers ces lignes, on sent le temps que Manon Fargetton a passé pour élaborer son univers. Il y est aussi riche que complexe. Elle s'inspire de la société médiévale en l'agrémentant de magie pour créer Ombre. Quant à Rive, ne cherchez pas, c'est une terre que vous côtoyez chaque jour. Dépaysement garanti! L'intrigue y est ambitieuse puisqu'elle mène plusieurs histoires de front dont les fils, on s'en doute, vont se croiser à un moment donné. 

Un premier roman qui nous offre une belle excursion en territoire fantasy et dont le prix Imaginale du roman francophone est venu récompensé cette année, ce qui ne nous étonnera pas. 

Fantasy à la carte

02/10/2016

Keith Parkinson, l'illustrateur qui a donné vie aux plus grands héros de fantasy

Keith Parkinson est né en 1958 en Californie et nous a quittés précocement en 2005 des suites d’une leucémie. Cet article va donc être l’occasion de lui rendre hommage, de saluer le grand artiste fantasy qu’il était et de mettre à l’honneur la beauté de son travail.

Dans sa petite enfance, il est scolarisé à San Diego et plus tard obtient son baccalauréat dans le Michigan. Très jeune, Keith Parkinson s’intéresse à l’art et au dessin. Comme d’autres avant et après lui, il est fasciné par les œuvres de J.R.R. Tolkien, ce qui l’a conduit dès le lycée à peindre de vastes paysages peuplés ici ou là de créatures fantasmagoriques. En fait, Keith Parkinson se passionne par deux activités : le dessin et la musique puisqu’il sera aussi pendant quelques années batteur dans un groupe de rock.

Néanmoins, son rêve de devenir un musicien à succès s’envole et il se concentre plutôt sur son autre art en rentrant à la Kendall School of Design dont il ressort diplômé en 1980.

Pour son premier emploi, il intègre la société Advertising Posters qui est spécialisée dans la décoration des flippers et autres jeux d’arcade. Une première occasion pour lui de laisser son talent s’exprimer.

Il est également l’auteur des illustrations des pochettes d’albums de musique du groupe de métal Hyperion.

Ensuite, il travaille pendant cinq ans chez TSR, une célèbre société éditrice de jeu de rôle, notamment connue pour Donjons et Dragons. Là, il y illustre des magazines, des livres, des boîtes de jeux et même des calendriers. Il participe notamment à la mise en images des plus célèbres jeux qui ont marqué le début de l’industrie du jeu vidéo comme Dragonlance, Forgotten Realms, Gamma World et Amazing Stories. Des jeux dont on notera la forte influence avec les univers imaginaires fantasy et SF.

Après cette longue expérience, Keith Parkinson souhaite reprendre son indépendance afin de consacrer les sept années suivantes à la réalisation de couvertures pour de célèbres éditeurs de livres comme Random House, Bantman et Penguin Books. Et c’est même pour les plus grands noms de la fantasy qu’il va créer ses couvertures. Terry Goodking, David Eddings, Anne McCaffrey, Orson Scott Card, Margaret Weis, Tracy Hickman ou encore Terry Brooks sont autant de belles rencontres professionnelles pour Keith Parkinson qui vont lui permettre d’asseoir sa carrière. Il est clair que le fait de travailler pour des noms aussi prestigieux, cela  ne pouvait qu’être bénéfique pour lui. Période faste pour notre illustrateur qui sera récompensé par de nombreuses distinctions, dont le Chesley Awards pour la meilleure illustration de couvertures de livres en 1988 et 1989.

Parallèlement il cède les droits de ses œuvres pour des jeux vidéo, des puzzles ou encore des romans à l’étranger.

En 1995, il surfe sur la vague du succès des jeux de cartes à collectionner et créer Guardians financé et édité par FPG. Sa traduction en plusieurs langues : française, allemande, hollandaise et hongroise marque son indéniable réussite. Le but de ce jeu est un combat qui s’engage entre deux et plus "Vierkuns" ou Gardiens pour le contrôle de territoires. Pour gagner, il faut donc s’associer à des créatures afin de vaincre l’adversaire et/ou occuper toutes les terres d’un royaume. Le petit plus de ce jeu est la participation d’illustrateurs de renom qui vont dessiner les personnages inventés par Keith Parkinson. Ce qui vient renforcer la qualité du jeu et confirmer ainsi sa notoriété. 

Les dernières années de sa vie, il les a consacrées à la production d’illustrations pour des jeux en ligne tels EverQuest online ou Summoner.
Au vu de l’ensemble de son travail, il est évident que Keith Parkinson entretient une relation forte avec les univers merveilleux. Il nous propose des créations originales et réalistes. Prenons l’exemple des fameuses couvertures des romans de Terry Goodkind. Chacune d’entre elles retransmet bien l’essence des livres. Pour la plupart, on y retrouve de grandioses paysages avec tantôt des montagnes, tantôt des forêts en arrière-plan. Et souvent le couple de héros de Terry Goodkind, Richard Rahl et Kahlan Amnell sont  présents sur ces illustrations. Une manière pour Keith Parkinson de nous rappeler l'éternel combat de ce couple pour la survie de l'humanité contre les forces du Mal. Perdus dans cette immensité, on ressent bien le caractère épique sous-jacent propre aux grands récits fantasy

Comme certains de ses homologues, Keith Parkinson joue parfois dans ses dessins sur la clarté, et les contrastes. Il oriente ainsi la lumière pour éclairer tel ou tel détail. Son but ici est de mettre en valeur un élément fondamental au récit. Cela est très fort par exemple pour le sixième tome La Foi des Réprouvés qu'un puits de lumière vient mettre en valeur le couple de statuts taillées par Richard dans le roman. Il y a une telle puissance dans ce tableau qu'il a réussi à accéder à la demande de Terry Goodkind, à savoir faire transparaître le caractère héroïque de l'individu. Certains de ses dessins sont si réalistes que cela nous donnerait presque l’impression d’avoir à faire à un paysage existant. Keith Parkinson est un perfectionniste qui fait les choses à fond. Clairement il a lu chacun des romans avant de se mettre à la tâche. Cela est très flagrant notamment pour les romans où Richard est le plus malmené. Les couvertures y sont très évocatrices. Keith Parkinson a voulu y faire ressortir le réel danger que vivent les héros de Terry Goodkind. Pour illustrer ce propos, on peut citer L'Empire des Vaincus. On y retrouve d'abord Richard et Kahlan main dans la main pour signifier qu'ils font toujours front ensemble face au danger. Quoi d'autre sur cette couverture, une immense statue, enfin un ouvrage de pierre qui fut sans doute gigantesque par le passé mais qui semble à l'abandon à ce moment du récit, enraciné dans le sol. Un choix judicieux au vu du titre car cette statue représente un guerrier, épée à la main car prêt à pourfendre l'ennemi et à défendre l'empire mais le côté "délabré" prouve bien que cet empire a été vaincu. Or, Richard et sa compagne viennent s'y recueillir comme pour se rappeler le passé et y trouver la solution pour vaincre à nouveau. La brume couvrant la chaîne de montagnes derrière cet édifice fait penser au danger qu'ils vont devoir affronter. Les tableaux de Keith Parkinson demeurent très lumineux, très vivants. Le résultat y est juste bluffant. Par l'intermédiaire de ses illustrations, il a tout simplement cherché à faire ressortir l'essence même du roman. Rien qu'en y jetant un œil, si on est suffisamment attentif, on pressent déjà la grande aventure que l'on va trouver à l'intérieur. 

Même travail d'orfèvre pour certaines couvertures des romans de David Eddings comme pour celle de Ceux qui brillent, dans laquelle on se retrouve d'emblée projeté au cœur du combat. Le danger est réel puisque c'est une embuscade qui attend le héros sur cette illustration. La légende est d'ailleurs très éloquente Menace dans la brume. Un dessin qui n'est pas avare en détails à travers l'armure du chevalier, les tenues vestimentaires et les armes des Vikings sans parler de la nature environnante: les rochers, et une nature automnale.  

Avant de conclure ce court tour d'horizon des plus grandes réalisations de Keith Parkinson, il est sans doute important de parler de sa toute première couverture. Pour rappel, il a dessiné celle du premier tome des Royaumes oubliés de Douglas Niles, Le Coureur des Ténèbres. Petit aveu de l'illustrateur est de l'avoir réalisé dans ce qu'il qualifie de "période grise", et c'est bien l'impression que l'on a en admirant ce tableau. L'arrière-plan est gris et brumeux au point qu'on devine à peine la forteresse médiéval dans le fond du tableau. Un état d'esprit qui fut sans doute très utile à ce moment car il reflète bien le roman dont l'intitulé est très évocateur. Ce coureur sur son destrier blanc entouré par des créatures monstrueuses symbolise bien la lutte du Bien et du Mal typique des romans de fantasy

Face à de telles merveilles, il est clair que Keith Parkinson fut un grand artiste. En réalisant les couvertures de romans, il contribue au succès de ces derniers. Car au-delà de la lecture du résumé, ce qui favorise l'intérêt pour un livre, c’est aussi l'illustration qui orne la couverture. Il faut qu’elle attire l’œil car c’est la première chose qu’un lecteur remarque en se promenant entre les étals d’une librairie. Or, peu importe la couverture que l'on admire, elles sont toutes plus sublimes les unes que les autres. On y reconnaît parfaitement le graphisme particulier de la littérature fantasy. Celles-ci ne sont pas surchargées de détails magiques. Bien au contraire, Keith Parkinson y a fait les choses simplement mais parfaitement. Un travail qui n'est pas si aisé car comme il le dit lui même: "Le "vrai boulot" de l'illustrateur est de travailler de façon à faire vendre le produit, de satisfaire les acheteurs de ses dessins et de représenter le produit de façon fidèle, tout en réalisant une oeuvre d'art qu'il soit fier de signer" (propos extraits de l'Artbook qui lui est consacré publié aux éditions Milady en 2010). 

Malgré une disparition prématurée, Keith Parkinson laisse tout de même un héritage opulent. En effet, en travaillant sur de nombreux projets, il a largement démontré tout son talent en donnant une identité visuelle à sa fantasy reconnaissable entre mille. De nombreux tableaux qu'on aura jamais de cesse d'admirer; de véritables œuvres d'art qui invitent ou inviteront ceux qui ne connaissent pas encore à découvrir telle ou telle aventure vidéo ou littéraire où seule la fantasy sait nous emporter. 

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