L'influence du "gaming" à la littérature

09/07/2017

Paul Beorn, Le Septième Guerrier-Mage

Souvent nommé aux prix des littératures de l'Imaginaire les plus prestigieux, Paul Beorn obtient enfin sa consécration avec son dernier roman Le Septième Guerrier-Mage qui a reçu en 2016 le prix des lycéens aux Imaginales. Édité par les éditions Bragelonne, c'est un coup de maître pour la maison d'édition qui bénéficie des retombées médiatiques de ce festival.

Mais cette récompense est également un gage de lecture coup de cœur pour le lecteur. En tout cas, cela a été pour ma part une motivation de lecture. Et c'est avec cette idée en tête que je me suis plongée dans ce nouveau roman.

Dès les premières pages, on entre à pieds joints dans un récit d'héroic fantasy, tout ce qu'il y a de plus traditionnel. Raconté à la première personne, Paul Beorn conte le destin exceptionnel de son héros. Dans la veine des derniers romans de fantasy à la mode, l'auteur a également choisi de mettre en scène un mercenaire, un héros tellement torturé qu'il a tant et plus à nous dire. Ce qui rend la lecture plus sémillante et même troublante. En effet, tous assassins qu'ils sont, ces héros d'un nouveau genre plaisent, fascinent et on s'y attache. Déroutant, non? 

Jal est un orphelin, un déraciné, un déserteur dont on apprend le passé par bribes en même temps que lui car il est amnésique. Les souvenirs lui reviennent à travers ses rêves. Arraché à sa mère et à son frère alors qu'il n'était qu'un très jeune garçon, puis formé à l'activité d'assassin dans une sorte de secte tenue d'une poigne de fer par un maître au visage dissimulé par un masque, Jal est un héros tourmenté par son passé. Image même de l'anti-héros comme on en rencontre de plus en plus en fantasy, Jal est un personnage intéressant. Il en a suffisamment sous la pédale pour nous tenir en haleine tout au long du livre.

Retrouvé inconscient par les villageois d'une discrète vallée, au milieu d'une dizaine de cadavres de soldats, ce combattant hors-norme est une aubaine pour les habitants qui voient en lui leur sauveur. Bien que dissimulée, la vallée est menacée par une immense armée qui brûle, pille et détruit tout sur son passage. Le danger n'a jamais été aussi grand. C'est pourquoi lorsqu'ils découvrent Jal, ils lui mettent la pression pour qu'il reste et assure leur défense. Quand je dis "ils", je devrais plutôt dire "elle" car c'est surtout la fille du seigneur des lieux, Rikken, qui fera tout pour que Jal reste, tantôt en l'achetant, tantôt en le menaçant. Étonnamment, ce solitaire de Jal accepte. C'est ainsi, que le voilà en train de former ces culs-terreux au maniement des armes, et à la défense de leur village. Mission impossible et totalement suicidaire, Jal au passé si sanguinaire se voit doter d'une conscience. Il redevient peu à peu un homme de paroles, un homme d'honneur. En fait, c'est grâce à la présence à ses côtés d'une petit Alfing prénommée Gloutonne qui, à l'image de Jiminy Cricket pour Pinocchio, apparaît comme sa conscience. 

Un roman qui nous fait prendre la mesure de ce qu'est un héros. On ne naît pas ainsi, on le devient.

Sur fond de guerre, la lutte entre le Bien et le Mal n'a jamais été aussi vive. Pour Jal elle est à tous les niveaux. Lutter contre ses habitudes de mercenaire, de déserteur, de solitaire égoïste afin d'aider cette population en détresse. Lutter contre les envahisseurs dont il faisait partie il y a peu de temps encore. Les ennemis d'hier deviennent les alliés d'aujourd'hui. Une lutte perpétuelle qui présage de grands changements pour ce héros qui est en train de forger sa légende. 

Dans Le Septième Guerrier-Mage, Paul Beorn s'est laissé emporter dans des descriptions enlevées de grandes batailles où la magie s'infiltre allègrement pour donner du spectaculaire aux combats. Jal lui-même est doué de magie mais il ne l'apprend que tardivement au moment le plus critique de l'action. 

Un long récit parcouru de moments forts dont la fluidité est telle qu'on se coule avec une grande facilité dans l'histoire. Dès les premières lignes, l'auteur dissémine ici ou là des éléments essentiels à la pleine compréhension de l'histoire, des détails qui n'en sont pas mais qui révéleront bien plus tard de leur importance. 

Estampillé roman "coup de cœur" par Fantasy à la carte, ce livre mérite amplement son prix. Et il est certain que les amoureux du genre prendront le même plaisir que moi à le lire.

Fantasy à la carte 

    

02/07/2017

Chloé Chevalier, Véridienne, Récits du Demi-Loup, tome 1

Nouveau talent découvert par Les moutons électriques, Chloé Chevalier signe ici un premier roman de fantasy très prometteur. 

Le récit est construit de manière fragmentaire puisque l'auteure a choisi de réunir différentes correspondances pour relater son histoire. Ainsi, on s'immerge dans cet univers tantôt en lisant les mémoires de l'héritier du trône du Demi-Loup, tantôt en consultant le journal intime d'une des protagonistes, ou en se plongeant carrément dans des lettres officielles ou personnelles. Un procédé qui peut, de premier abord, dérouter mais qui s'avère diaboliquement efficace pour conserver toute l'attention de ses lecteurs. 

Véridienne, c'est avant tout une ville, la capitale du royaume. C'est le cœur même du pouvoir et donc le centre de l'action. C'est aussi une cour où les intrigues fourmillent comme il est d'usage dans toutes les cours. En fait, toutes ces intrigues vont graviter autour de cinq héroïnes: deux princesses et leurs trois suivantes.

Dans le royaume du Demi-Loup, il existe une tradition. Celle de doter d'un suivant chaque héritier de la famille royale. Ainsi, celui qui est désigné doit être né un jour après ledit héritier. Or, le roi Aldemar, à la naissance de sa fille Malvane, a eu beaucoup de mal à lui trouver une suivante. En effet, après avoir parcouru bien des lieues, il ne lui trouva qu'une suivante née deux jours après jusqu'à ce qu'il lui déniche celle qui correspondra davantage aux exigences de la tradition. C'est pourquoi, la princesse Malvane est la seule héritière flanquée de deux suivantes: Nerses et Cathelle. 

En outre, Véridienne est si excentrée par rapport à la vastitude du royaume que celui-ci est depuis longtemps scindé en deux avec une ligne nette de démarcation. C'est à Aldemar que revient le rôle de roi dont l'autorité est assise dans la capitale, et à son frère Caldemir de diriger Les Eponas (la partie la plus éloignée du royaume). Ce mode de gouvernance a bien fonctionné tant que les deux frères tenaient les rennes du pouvoir. Seulement la disparition tragique du cadet va précipiter le royaume dans le chaos.
Déjà avec la prise de pouvoir par les Chats aux Eponas, obligeant la jeune Calvina et sa suivante Lufthilde à partir sur les routes dangereuses du royaume pour rejoindre Véridienne.
Mais cette mutinerie n'est que la première étape qui va limoger peu à peu la puissance du Demi-Loup. A cela s'ajoute la menace des terres de l'Est qui va précipiter le royaume dans une longue guerre menée par le fils du roi, loin des frontières. Une guerre d'usure qui risque d'avoir raison de Véridienne, surtout avec les conflits internes menés par les contes, eux-mêmes, qui n'ont de cesse de chercher à destituer la famille régnante.  

Un récit qui nous raconte de l'intérieur la vie d'un royaume du plus fort de son rayonnement à sa lente décadence. Un premier roman qui n'est qu'un avant-goût du riche univers dépeint par Chloé Chevalier. 
Il est si facile de se laisser envoûter par la plume de cette auteure tant elle est bien rythmée. Malgré la difficulté de mettre en scène une multitude de personnages, elle réussit avec brio le challenge de ne pas nous égarer. Plus, elle dresse minutieusement le portrait de chacun de ses héros que l'on prend plaisir de connaître leurs vies, leurs pensées les plus intimes, les secrets qui les rongent. Davantage que l'histoire d'un royaume, c'est surtout le destin d'une famille prise dans la tourmente de la vie.  

Découverte à l'édition 2016 des Imaginales, lors d'une table ronde qui portait sur La fantasy...une littérature de l'émotion dont Chloé Chevalier était invitée avec Nathalie Dau et Nabil Ouali, il aurait été dommage de laisser ce roman dormir plus longtemps dans ma bibliothèque.


Fantasy à la carte

25/06/2017

Marion Zimmer Bradley, Le Secret d'Avalon, Les Dames du Lac, tome 3

Dans ce troisième tome du cycle d'Avalon, Marion Zimmer Bradley nous dévoile les secrets de cette île mystérieuse. Comment elle a traversé le temps avant l'avènement du grand roi Arthur?

Comme à son accoutumée, elle se sert du destin des femmes qui ont marqué l'Histoire: Dierna, Caillean et Viviane, les trois grandes prêtresses qui se sont succédées à la tête de l'île aux femmes. 

Une époque houleuse au cours de laquelle il a fallu survivre et s'adapter à l'invasion des légions romaines, puis à celle des hommes du Nord. Cela a été un tournant pour Avalon qui s'est désolidarisée du monde pour vivre à l’abri des regards, cachée par des brumes surnaturelles.

Un tome qui nous raconte comment la légende s'est forgée? Comment la venue des Pendragon a été prédite et amenée au pouvoir.   

Marion Zimmer Bradley se fait davantage historienne dans ce roman. Elle nous rappelle comment le monde s'est construit à travers les plus importantes conquêtes. Une Histoire riche de hauts faits et de personnes qui nous perdent parfois en cours de route tant ils sont multiples. C'est un fragment de l'Histoire de Grande-Bretagne que nous dépeint ici l'auteure. 

Ce que j'ai le plus apprécié dans ce récit, c'est la dernière partie consacrée à la jeunesse de Viviane. On retrouve le mythe arthurien à travers ces figures les plus illustres. Ainsi, Marion Zimmer Bradley revient sur le destin hors du commun de cette jeune femme. C'est l'occasion de comprendre comment elle en est arrivée là, et pourquoi elle est un personnage si important de la Matière de Bretagne. 

Entre Histoire et chimère, Marion Zimmer Bradley nous transporte à nouveau dans un siècle où le temps s'est comme arrêté.


Fantasy à la carte

18/06/2017

Marion Zimmer Bradley: pour une féminisation de la fantasy

Marion Zimmer Bradley, née en 1930 à Albany et décédée en 1999 en Californie, est une pionnière en littérature fantasy et science-fiction comme en témoigne sa foisonnante bibliographie. L'essentiel de son oeuvre a d'ailleurs beaucoup surfé entre deux genres: la space fantasy et la science fantasy. En donnant la parole aux femmes dans ses romans, elle affiche clairement son féminisme en permettant ainsi à l’héroïne de devenir l'égal du héros. 

Fait remarquable à signaler est son investissement à pousser d'autres écrivaines à publier leurs textes à leur tour. Ce qu'elle fit notamment par l'intermédiaire de l'anthologie Sword and Sorceress qu'elle a dirigée et permis ainsi l'émergence de nouvelles auteures comme Mercedes Lackey.  

Elle étudie à l'université de Berkeley en Californie, puis enchaîne les petits boulots de serveuse, blanchisseuse et même chanteuse. Elle épouse en 1947 Robert Alden Bradley puis en 1964, Walter Henry Breen. Deux hommes dont elle divorcera après quelques années de vie commune. C'est très tôt qu'elle se lance dans l'écriture puisqu'elle est à peine âgée d'une vingtaine d'années lorsqu'elle publie sa toute première nouvelle en 1952 dans le magazine de fantasy et science-fiction, Vortex

Elle a marqué le paysage littéraire grâce aux nombreux cycles publiés tout au long de sa carrière. Le premier à citer est celui de Ténébreuse qui est constitué de pas moins de 26 tomes (édités de 1979 à 1999). Une saga qui s'inspire aussi bien de science-fiction que de fantasy. Cela démarre avec le crash d'un vaisseau terrien sur une planète hostile au climat rude où habitent de mystérieuses créatures. C'est dans ce contexte que va devoir survivre l'équipage en fondant, ce qui deviendra avec le temps, une société féodale dirigée par les Comyn aux cheveux rouges. Cette nouvelle population est constituée des familles se prétendant issues d'un être commun et ayant héritées de pouvoirs télépathiques grâce à la présence de cristaux sur cette étrange planète. Alors qu'ils n'ont pas conscience de leurs origines humaines, ils sont rattrapés par leur passé avec l'arrivée de nouveaux terriens avec lesquels ils vont devoir cohabiter. 

Cette première série de romans a été bien accueillie par son public au point que dans les années 70, une association a vu le jour sous le nom des Amis de Ténébreuse. Son but était de publier une lettre d'information qui se transforma en 1977 en fanzine dans lequel des apprentis-écrivains, fortement encouragés par l'écrivaine elle-même, s'initiaient à la rédaction de nouvelles dont l'action se déroulait dans l'univers de Ténébreuse. Plus tard, les meilleurs textes ont été réunis dans onze anthologies sous la direction de Donald Wollheim, le directeur des éditions DAW. Mais en 1992, suite à un désaccord avec l'un des auteurs, Marion Zimmer Bradley a interdit formellement la publication d'autres fictions tirées de Ténébreuse.

Sa saga majeure de fantasy reste celle d'Avalon qui s'étale sur huit romans et correspond à une réécriture des légendes arthuriennes du point de vue féminin. Néanmoins, elle ne se contente pas d'y évoquer seulement le destin d'Arthur et de ses célèbres chevaliers mais dessine l'histoire de la Bretagne depuis la conquête romaine jusqu'à même faire référence à la mystérieuse Atlantide. La petite particularité de ce cycle est qu'il a été continué de manière posthume par Diana L. Paxson. Si l'on tente de reconstituer un ordre chronologique d'écriture et non historique, vient en premier lieu Les Dames du Lac et Les Brumes d'Avalon (1983), suivi de La Chute d'Atlantis (1987), La Colline du dernier adieu (1994), Le Secret d'Avalon (1997), Les Ancêtres d'Avalon (2004), pour se terminer par deux romans non traduits Ravens of Avalon (2007) et Sword of Avalon (2009). 

Elle est l'auteure d'autres sagas comme la série Lumière publiée entre 1984 et 1998. Elle y raconte le destin d'une jeune psychologue rattrapée par ses pouvoirs d'extralucide. Alors que cette dernière s'est réfugiée à San Francisco dans une vieille demeure, elle était loin d'imaginer découvrir un monde occulte, angoissant qui l'épouvante autant qu'il la fascine.  
De 1990 à 1995, Marion Zimmer Bradley coécrit avec André Norton et Julian May une série de romans édités sous l'intitulé Trillium. Ceux-ci racontent de manière plus ou moins cohérente les aventures de deux princesses: Kadiya et Haramis. 

Elle ne sait pas contenter d'écrire des cycles puisque sous sa plume de nombreux romans indépendants ont vu le jour comme Le château des tempêtes (1965), La Maison entre les mondes (1981) ou encore La Princesse de la nuit (1985). 
Néanmoins là où sa plume a été la plus généreuse, cela reste avec ses nouvelles qu'elle a écrites presque tout au long de sa carrière littéraire. Ainsi, on en totalise une trentaine. 

Marion Zimmer Bradley laisse un bel héritage littéraire qui se transmet encore de génération en génération. Ses œuvres sont toujours rééditées, ce qui prouve la haute qualité de sa plume dont les lecteurs, à priori, ne se lassent pas.

On peut donc affirmer sans se tromper qu'elle a influencé toute une génération d'auteurs et de lecteurs en poussant notamment les femmes à lire et à écrire de la fantasy et de la science-fiction. Grâce à des personnalités comme elle, les littératures de l'Imaginaire ne sont plus la chasse gardée des hommes. Elles se féminisent enfin. 

Bien sûr, j'aurais pu vous parler de vaisseau spatial ou de planète lointaine pour évoquer le merveilleux travail d'écriture qu'a réalisé Marion Zimmer Bradley à travers ses textes. Cependant je préfère que l'on s'attarde plutôt sur sa réappropriation du mythe arthurien qui, je peux vous le dire, me fascine davantage. Donc par avance, je m'excuse pour les passionnés de science-fantasy et science-fiction, ici on n'en parlera guère.  

L'Avalon de Marion Zimmer Bradley fait revivre le mythe arthurien sous la forme de huit romans. Comme chacun de ses livres, elle construit son histoire autour de portraits d'héroïnes et laisse donc ici les femmes, qui ont marqué la Matière de Bretagne, parler. 

Elle fait une belle place à la magie qui est source de tout récit de fantasy et est également intrinsèque au cycle arthurien. Elle se dévoile par l'intermédiaire de détenteurs de dons comme toutes les filles d'Avalon en possèdent. Celui-ci se manifeste à des degrés différents en fonction de l'apprentissage reçu et de leurs usages au quotidien. Ainsi Viviane et Morgane ont des pouvoirs plus développés qu'Ygerne ou Morgause. En vivant longtemps sur l’île d'Avalon et en devenant prêtresses de la Déesse, elles ont acquis des facultés beaucoup plus étendues. Elles ont par exemple la capacité de faire apparaître des lieux ou des personnes à la surface de l'eau comme si elles les regardaient à travers un miroir. Ce qui leur permet de connaître la vie de telle ou telle personne, voire même de communiquer avec ladite personne. Leurs influences sur l'Histoire de la Bretagne en seront donc plus importants. Face à elles, Ygerne n'a que peu de pouvoirs si ce n'est celui de voir l'avenir à travers des visions que la Déesse Mère lui accorde. Quant à Morgause, elle se sert essentiellement de son don pour s'adonner à la magie noire afin d'obtenir ce qu'elle désire. Toutes quatre ont la particularité de bien vieillir, c'est comme si les années n'avaient pas prises sur elles. Elles semblent immortelles même si elles ne le sont pas en réalité. Leur lien avec Avalon les garde jeunes et belles. Autres habitants de l'île sacrée sont les druides qui détiennent également le don de voir l'avenir et de le tordre à leur guise, à l'image de Merlin. Ils apparaissent comme des guides spirituels et possèdent des connaissances pour notamment guérir les maux et apporter des réponses à certaines interrogations des païens. Ils transmettent donc le culte et sont des passeurs de savoirs. A Avalon, il est possible de rencontrer le petit peuple des fées qui accompagne les prêtresses et les druides dans leur travail de transmission du culte, qui rappellent l'importance de l'attachement à la terre car c'est d'elle que tous ces êtres tirent leurs pouvoirs. On les rencontre souvent aux pieds des rochers, ou près des sources d'eau. Leur présence se manifeste par des cadeaux comme des colliers de fleurs laissés en échange de nourriture. Mais le plus fréquemment, seuls les personnes autorisées à venir sur Avalon ont l'occasion de les voir car certaines de ces créatures sont chargées de conduire la barque qui relie le monde des hommes à l'île secrète. 
Justement Avalon est le lieu, par excellence, de concentration de magie. C'est un haut lieu de rassemblement pour tous ceux qui pratiquent le culte des anciens dieux. A cause de la menace romaine et chrétienne, il est devenu secret, protégé par des brouillards magiques qui le dissimulent aux regards des non-initiés. Pour l'atteindre, il faut connaître la formule magique sinon on ère sans jamais en trouver le chemin. Ce qui renforce son caractère mystérieux et sacré. Tout y est verdoyant et fleuri. C'est un havre de paix où les prêtresses et les vierges ont trouvé refuge. Elles y méditent en toute tranquillité et se connectent plus facilement à la terre et atteignent ainsi les pouvoirs que cette dernière leur transmet.
Tout au long du cycle arthurien, il est question d'une lutte perpétuelle contre le Mal. Celui-ci se manifeste de diverses manières. Ici, l'histoire nous est conté du point de vue des femmes d'Avalon. En conséquence, le récit va mettre en exergue la lutte contre les les saxons dans un premier temps, puis les chrétiens dans un second temps, et plus particulièrement contre l'extension de leur culte qui tend à mettre de plus en plus en péril celui des anciens dieux et menace les préceptes d'Avalon, ainsi que ses habitants. Les Dames du Lac vont tenter chacune à leur tout d'endiguer cette menace. Ce fut par exemple le cas avec Viviane qui a essayé de lier Arthur par un pacte, scellé par le don d'une épée magique, Excalibur, censée le protéger de tout danger en échange de sa propre protection pour Avalon. Un échec pour Viviane qui finira par tomber sous les coups de la haine et de l'aveuglement. Morgane, également, fera tout son possible pour protéger l'île et ses mystères des envahisseurs notamment en devenant à son tour grande prêtresse. Avec le temps, l'influence des druides s'estompent au profit de la religion chrétienne. Ainsi des églises fleurissent un peu partout au détriment des pierres levées qui sont abattues. Ça sonne la fin d'une magie ancestrale qui se replie peu à peu à Avalon et dans le monde des fées pour ne plus revenir dans celui des hommes.
La quête menée par le héros est très présente dans le cycle arthurien, raison pour laquelle Marion Zimmer Bradley la met en exergue dans son présent récit. Qu'elle soit là pour unifier les peuples et protéger Avalon qui fut la destinée d'Arthur. Ce grand roi annoncé par une très vieille prophétie. Ou qu'elle corresponde au moment où pour contrer l'ennui qui s'est installé dans le cœur des chevaliers de Camelot, tous se donnent pour mission de retrouver le Graal, cette coupe mythique détentrice de grands pouvoirs mystiques. 

A la lecture de cette saga, il en ressort la volonté de Marion Zimmer Bradley de démontrer le caractère fantasy de ces textes anciens. En effet, on y retrouve bien tous les éléments propres au genre. Elle nous fait à nouveau fouler les terres sacrées de la mythique Avalon, et nous enivre allègrement de magie. A travers cette œuvre, l'auteure prouve qu'elle est autant capable de laisser vagabonder son imagination sur les terres de fantasy que de science-fiction. 

L'ensemble de son travail est notable car elle a clairement fait évoluer le genre en le mettant à la portée du sexe féminin. Ce qui pour l'époque était clairement notoire, et est intéressant, aujourd'hui, car la fantasy est un genre qui justement se féminise de plus en plus. 


Fantasy à la carte

05/06/2017

Laetitia Reynders, Louise, La Gardienne du Miroir, tome 1

Rencontrée au salon Fantastique, Laetitia Reynders nous parle avec passion de ses romans qu'on ne peut s'empêcher d'y succomber. 

Louise est le premier volet de la trilogie, La Gardienne du Miroir. Raconté à la première personne, ce premier tome nous met en présence d'une certaine Louise dont la vie va basculer le jour où elle reçoit en héritage un étrange miroir.  Il faut dire que ce n'est pas n'importe quel miroir mais celui dans lequel Samaël, le fils du Diable a été emprisonné en 1338 par un enchanteur. C'est dans une lettre laissée par son aïeule que la jeune femme apprend qu'elle est la 12e gardienne de cet artefact. Elle y lui recommande de ne jamais s'en séparer ni de le briser sous peine de libérer le Mal. La croyant folle, Louise entrepose ledit miroir dans sa chambre sans plus y faire attention. La vie reprend son cours malgré la tristesse qui lui enserre le cœur. C'est à ce moment que sorti de nulle part un beau ténébreux croise à plusieurs reprises son chemin comme s'il l'attendait pour la sauver des dangers qu'elle encourt de plus en plus souvent. Coïncidence, elle n'en croit rien. Seulement malgré un rapprochement avec celui-ci, il reste mystérieux sur ses motivations. Mais qu'à cela ne tienne, elle finira bien par connaître la vérité. D'autant qu'il lui est difficile de résister à son charme. Parallèlement, il se passe des choses étranges avec ce fameux miroir. Parfois son reflet est troublé par un brouillard ou par l'apparition fugace d"un homme à la beauté angélique. Elle croit rêver jusqu'au moment où il se présente à elle. Sa grand-mère disait donc vrai. C'est bien le miroir du Diable et son fils y est bien emprisonné. Il lui parle chaque soir. Pire encore, elle se sent même de plus en plus attirée par lui. Même emprisonné son pouvoir de séduction opère. Damnation!

De révélation en révélation, Louise doit également faire face à une armée de monstres, des envoyés de Belzébuth et de Satan qui feront tout pour récupérer le miroir. Prise dans un trio amoureux, elle sera confronter à des choix cornéliens. Entre feu et glace, paradis et enfer, Laetitia Reynders embrase son récit d'une puissante sensualité. 

Un premier roman qui laisse entrevoir le surnaturel de notre monde, et qui nous fait côtoyer enfer et paradis. Mais allez-vous oser pousser la porte de l'un ou l'autre de ces mondes au risque de vous y brûler les ailes ? 

C'est un cycle qui se lit avec une grande fluidité, on se laisse facilement prendre dans les filets de Laetitia Reynders qui nous entraîne dans une lutte sanglante entre le Bien et le Mal. 

Sur fond de légendes locales, notamment celles qui entourent la fondation du château de Gombervaux, l'auteure écrit un récit enlevé et captivant. Le lieu même de l'action en impose par son riche passé et donne du corps à l'histoire. 

Dès les premières lignes, j'ai été conquise par ce livre et je ne demande qu'à lire la suite. 


Fantasy à la carte

21/05/2017

Marion Zimmer Bradley, Les Brumes d'Avalon, Les Dames du Lac, tome 2

Pour rappel le premier tome des Dames du Lac relate les événements autour de la naissance du roi Arthur jusqu'à son couronnement en tant que Haut Roi. Marion Zimmer Bradley revient ainsi sur les hauts faits d'armes d'Arthur et de ses compagnons à travers les femmes qui ont jalonné leur vie. Un roman charnière qui permet de comprendre comment la légende a été forgée en mettant en exergue le rôle d'Avalon. 

Le second tome, Les Brumes d'Avalon, diffère un peu dans le sens qu'il y a moins d'aventures épiques. En effet, Arthur a unifié les peuples et pacifié son royaume en mettant momentanément fin aux invasions saxonnes. Camelot est entrée dans une sorte de torpeur et les chevaliers s'ennuient fortement. C'est le temps de l'amour courtois auprès des femmes, mais aussi le rapprochement entre Guenièvre et Lancelot. Un amour interdit qui risque fort de compromettre le haut roi à terme et de menacer la paix. C'est là que Morgane va jouer un premier rôle primordial en s'assurant que Lancelot s'unisse à la cousine de Guenièvre, la belle Elaine. Ce qui lui vaudra l'inimitié de la reine qui le lui fera payer en l'éloignant plus tard de la cour par le biais d'une union forcée avec le souverain des Galles du Nord. 

Un récit qui retrouve un second souffle avec l'introduction de nouvelles quêtes que mèneront les chevaliers de la Table Ronde aux quatre coins du royaume pour tenter de rapporter le Saint Graal à Arthur. Néanmoins cette quête sera vouée à l'échec, elle permettra simplement de sortir Camelot de sa léthargie tout en mettant Arthur en danger. En effet, n'ayant pas eu d'héritier légitime, sa succession engendre l'avidité et la cupidité dans le cœur de quelques-uns de ses proches. La première à y voir là, l'occasion de s'attirer le pouvoir est la tante d'Arthur, Morgause qui souhaite mettre l'un de ses fils sur le trône. Isolé, vieillissant il se laisse facilement convaincre de désigner officiellement son fils naturel Mordred qu'il a eu avec sa sœur Morgane comme héritier. Or Mordred, élevé dans la rancœur d'avoir été abandonné par ses parents, n'est pas le successeur bon et droit que le royaume peut espérer. Un choix qui risque donc de promettre le pire pour l'avenir. 


Un cycle qui nous baigne à nouveau dans des légendes que l'on connait bien surtout si on aime le mythe arthurien. Personnellement il m'a toujours fascinée notamment pour ce qu'il a apporté à la fantasy moderne qui s'en est allègrement nourri. C'est un bel héritage qui même lorsqu'il est réapproprié promet toujours de nouvelles découvertes, comme c'est le cas avec la saga de Marion Zimmer Bradley. 

En faisant une grande place à Morgane, Les Brumes d'Avalon obtient ma préférence dans ce cycle arthurien car elle y symbolise la femme accomplie. Puissante de par sa magie et par ses connaissances, elle est maîtresse de son destin et accomplit de grandes choses. Symbole de liberté, elle est inspiratrice pour beaucoup de femmes en les poussant notamment à s'affranchir de leurs chaînes afin de vivre au mieux la vie qu'elle souhaite. 


Fantasy à la carte

14/05/2017

Marion Zimmer Bradley, Les Dames du Lac, tome 1

Comme beaucoup d'auteurs du genre, Marion Zimmer Bradley était fascinée par les légendes arthuriennes au point d'écrire son propre cycle. 

Pour Les Dames du Lac, l'auteure s'est véritablement appropriée le mythe afin d'en livrer un récit originel et personnel.

C'est une histoire qui se raconte à cinq voix féminines dans laquelle Merlin, Lancelot et Arthur ne sont que des figurants. Tour à tour les femmes qui ont marqué la Matière de Bretagne prennent la parole pour raconter leur destin et leur quotidien dans cette Grande-Bretagne mythique au côté des grands chevaliers de la Table Ronde et des êtres de magie communément appelés druides. 

Ainsi on commence par passer du temps aux côtés d'Ygerne qui s'est toujours confortée aux désirs des autres et notamment de sa sœur Viviane. C'est la raison pour laquelle elle s'unit en première noce au Duc de Cornouailles, puis en seconde noce à Uther Pendragon afin de donner naissance au plus grand roi de Grande Bretagne, Arthur. Le monarque qui unifiera les peuples comme annoncé par les visions prophétiques de la Dame d'Avalon. Fille de l'île sacrée, Ygerne est surtout un instrument du destin, nécessaire dans l'accomplissement d'une prophétie. 

A ses côtés, il y a sa sœur Viviane, une fée importante que l'on appelle notamment la Dame du Lac. C'est un personnage fondamental aux légendes car elle y occupe un rôle majeur. Déjà elle possède une puissante magie. Grâce à son don de double vue, elle arrange le destin et oeuvre dans l'ombre avec l'aide de Merlin pour influencer les événements à sa guise. 

Morgause, la dernière des sœurs est davantage une intrigante qu'une bonne fée. Elle agit selon son propre plaisir et n'hésite pas à manipuler son monde pour obtenir ce qu'elle veut. En épousant le roi Lot d'Orcanie, elle assouvit sa soif de pouvoir et mettra tout en oeuvre pour faire en sorte que ses enfants soient les seuls héritiers du Haut Roi.  

Morgane, la fille d'Ygerne est une figure emblématique du cycle arthurien. Puissante fée, sans doute tout autant que l'était Viviane, Morgane est une enchanteresse. Comme les autres filles d'Avalon, elle a le don de voir l'avenir mais possède également la connaissance des charmes et des simples pour soigner et envoûter son entourage. Ce qui fait d'elle une sorcière. Attirée par Lancelot et éprise d'Arthur, elle vivra longtemps à la cour du Haut-Roi sans connaître un véritable amour partagé et la condamnera plus ou moins à une vie de solitude.

Guenièvre, quant à elle, est la seule femme du mythe à ne pas être une fille d'Avalon. Dévote à l'extrême, elle exècre tout ce qui touche à l'île sacrée et influencera même Arthur dans son reniement du petit peuple au profit du christianisme. Personnage ambivalent car éprise de deux hommes: Arthur d'un côté et Lancelot de l'autre, Guenièvre jouera un rôle important dans les décisions de son mari au moment de la grande bataille contre les Saxons. 
En réécrivant le cycle arthurien à sa manière, Marion Zimmer Bradley fait des femmes de véritables héroïnes. Grâce à elle, la femme prend le pouvoir dans un récit de fantasy. L’héroïsme et la bravoure ne sont plus seulement réservés aux hommes, Marion Zimmer Bradley leur en offre enfin la possibilité. 

Une belle fresque qui rend hommage à cet univers féerique nourri à la magie de la terre, à la déesse mère et aux pouvoirs de la nature. Un cycle qui donne l'opportunité de fouler à nouveau ces terres ancestrales et envoûtantes. 

Fantasy à la carte

12/05/2017

Les Monstres débarquent au Paris Event Center pour un salon très Fantastique

On le sait, il y a Les Imaginales à l'Est, Les Rencontres de Brocéliande à l'Ouest, Les Hallienales au Nord, Les Intergalactiques au Sud-Est, Les Aventuriales dans le Centre. Il était donc normal que le cœur de la France se pare aussi aux couleurs de l'Imaginaire. Bien entendu, chaque festival a sa particularité, le salon Fantastique n'échappe pas à la sienne. Ainsi, tous les genres de l'Imaginaire y sont mis en avant. Aussi bien le fantastique, la SF, le Steampunk que la fantasy, ce qui est un atout majeur pour ce salon qui permet de contenter le plus grand monde. C'est dans une ambiance chaleureuse et festive que le public est accueilli. Une donnée non négligeable car on s'y sent vite à l'aise. 

Pour sa cinquième édition, le salon a posé ses valises Porte de la Villette dans un vaste espace où il était agréable de circuler. Une nouvelle édition qui mettait les monstres à l'honneur. Néanmoins, petit bémol pour les stands placés près des portes grandes ouvertes, il y faisait un froid de gueux. Ce qui n'était vraiment pas cool pour les exposants. Petite pensée pour eux. Ensuite, n'ayant pu visiter le salon que le lundi, je n'ai pas trouvé à disposition le plan des lieux comme à l'accoutumée. Dommage aussi car ce ne fut pas facile de retrouver les auteurs ou les artisans voulus. Néanmoins, la déambulation entre les étals et les rencontres fortuites ont été bien agréables. 

Ce Salon Fantastique mêle les artisans aux auteurs, aux éditeurs et aux illustrateurs. Tout le monde se côtoie et ça favorise bien les échanges. On ne se borne donc pas à un secteur. Et on prend plus facilement le temps de tout regarder. Parmi les artisans, c'est avec plaisir que j'ai retrouvé les étals de Mel-cuir et d'Atelier Terra Nostra, et que j'en ai découvert d'autres comme D'Cuir pour ne citer qu'eux. C'est déjà un bonheur pour les yeux d'admirer le talent à travers ces créations et ces belles réalisations. 

Côté littérature, c'est un festival qui fait une belle place à tous les auteurs, qu'ils soient connus ou non. C'est donc un lieu idéal pour partir à la découverte de récits inédits et d'enrichir sa bibliothèque. 

Petit monde oblige, à force de fréquenter ces festivals, on retrouve des têtes connus et des auteurs bien appréciés comme Valentin Frété, Margot Aguerre ou James Tollum, mais aussi des auteurs avec qui je n'avais pas encore eu l'occasion d’échanger. C'est chose faite avec Laëticia Reynders dont je salue la gentillesse et la sympathie. 

Ce fut trois jours intenses d'un festival au programme riche et varié. En effet, en plus des traditionnelles conférences et incontournables concours de costumes, il y avait également des projections en avant-première de webséries, un concert des Geek Singers, et de Pixelphonia (un concert philharmonique de 40 instruments reprenant en musique classique des thèmes de jeux vidéo). Les animations n'ont pas manqué, et le jeu était largement mis en valeur que ce soit sous la forme de jeux de plateaux que de jeux de rôle Grandeur Nature. 
Le Salon Fantastique demeure pour moi un salon convivial où on y fait le plein de belles rencontres. Il grossit d'ailleurs d'année en année, aussi bien du côté de sa fréquentation que de son nombre d'exposants (environ 200 pour cette édition 2017). Il se classe donc parmi les festivals incontournables du genre et a encore de beaux jours devant lui comme le prouve la prochaine édition programmée dès la fin d'année du 3 au 5 novembre 2017.
Fantasy à la carte

07/05/2017

Patrick Bert, Au son des jeux trollympiques, Olgir le barde, tome 3

Patrick Bert enchaîne son cycle de fantasy avec un troisième tome. Son héros Olgir n'est donc pas au bout de ses surprises, ni de ses peines d'ailleurs.

Pour rappel Mélodie naine en sous-sol mineur avait fait quelques révélations sur les origines d'Olgir. C'est l'elfe Saëlin qui lui avait fait part de sa parenté elfique. Il est vrai que le jeune barde s'est toujours senti différents des autres humains. Des caractéristiques qui l'ont d'ailleurs bien servi pour ses activités de voleur. Car voir dans le noir est un talent non négligeable, n'est ce pas ? Bien entendu maintenant que sa curiosité est éveillée, Olgir veut en savoir plus. Il souhaite découvrir qui sont ses parents ? Et décide donc de partir en quête de ses origines. Un périple, il l'espère, qui lèvera le voile sur les zones d'ombre qui entourent sa naissance. 

Ce troisième tome aurait pu se contenter de nous conter les aventures et les découvertes d'Olgir mais Patrick Bert ne va pas s'en tenir qu'à cela, vous imaginez bien. Il laisse encore son humour prendre le dessus et promet quelques péripéties à son héros qui vont le dévier de sa trajectoire. 

Il faut dire qu'il y a de l'animation du côté des Orques. Ces derniers se sont mis en tête de relancer une vieille tradition sportive: les jeux trollympiques. Non, ne souriez pas, ils sont, on ne peut plus, sérieux. Mise en place par les Dragons, cette compétition sportive est l'occasion pour les races de se mesurer à travers quelques épreuves physiques. Une manière de canaliser leur violence et d'endiguer tout début de conflit entre les peuples. Au vu des modalités de certaines activités, comme celle de s'affronter dans une course en chevauchant un thon, la manifestation promet quelques fous rire mal contenus. Patrick Bert s'est lâché dans la description de ces épreuves et certains passages sont pour le moins cocasses et impayables. 

Bref, c'est dans ce contexte léger qu'Olgir débarque. Cela va être un moment pour lui de nourrir son répertoire de barde. C'est un événement historique car il y a des lustres que de tels jeux n'avaient eu lieu. Ce qui soulève la méfiance des Dragons qui ont les Orques sous surveillance. Il faut dire que d'habitude, ils en sont les initiateurs. Donc pour eux, ce désir des Orques est très louche. Impression qui n'aura de cesse de croître avec la disparition du dragon Balicor. Que cache-t-elle? Les Orques en sont-ils responsables? Si oui, pourquoi?

Olgir et ses amis sont sur la piste. Alors quelque soit l'ennemi il n'a qu'à bien se tenir, il risque de ne pas s'en sortir aussi facilement que prévu. 

Un nouvel opus qui vient nourri un cycle de fantasy déjà bien entamé. Les héros de Patrick Bert nous sont familiers. On les apprécie sans mal. De plus, Il multiplie les scènes drôles rendant son récit irrésistible.

Voilà un auteur français qui capte d'emblée l'attention de son lecteur et réussit le pari audacieux de le faire rire. 


Fantasy à la carte

30/04/2017

Patrick Bert, Mélodie naine en sous-sol mineur, Olgir le barde, tome 2

Après avoir déjoué les plans machiavéliques du mage Ildarium, Olgir et ses amis s'assignent pour mission de raccompagner la princesse naine Gordia à sa famille. Une nouvelle aventure qui s'annonçait pourtant comme une promenade de santé mais c'est sans compter le caractère irascible et autoritaire de la jeune princesse qui promet de faire de belles étincelles avec le chevalier Almaric. 

D'ailleurs à peine en route, le groupe rencontre un barde orque du nom de Kipu que Nicodème sauve grâce à l'un de ses sorts. Ce qui lui vaut une dette de sang de la part de ce dernier. Pour l'honorer, Kipu se joint donc à eux jusqu'au royaume des Nains. Plus tard, c'est un sage nain qui croise leur chemin et vient grossir leur rang. Voici donc l'équipe au complet prête à franchir les portes du royaume des Nains. 

Outre le fait que Gordia ait besoin en urgence d'un antidote pour combattre le poison qui court dans ses veines depuis qu'elle a été blessée par des Gobelins, le séjour chez les Nains risque de ne pas se passer aussi calmement que prévu. Déjà un petit homme a été retrouvé mort, un meurtre qui apparaît comme un avertissement. Mais de quoi ? Et adressé à qui ? Même le sage trouve la mort dans des circonstances mystérieuses et violentes. De toute évidence, quelque chose se trame sous la Montagne du Tor et les Nains sont en danger. Olgir et ses amis vont devoir agir vite pour comprendre ce qui se passe et tenter d'y remédier. 

Mélodie naine en sous-sol mineur promet une aventure sous le signe  du danger. La fine équipe devra mettre un mouchoir sur sa peur pour affronter ce qui menace les Nains. Quitte à risquer leur vie pour y réussir.  

Pour ce second volet, Patrick Bert continue sur sa lancée en nous proposant un récit épique très mouvementé. 

Cette fois on part à la rencontre des Nains, un peuple haut en couleur qui est récurrent dans les récits de fantasy. On passe du temps en leur compagnie. Ils ont des forts caractères mais n'en reste pas moins des gens chaleureux. Parfois moqueurs, ces Nains possèdent un grand cœur quand même. Patrick Bert en profite également pour explorer leur royaume caverneux. C'est une immersion totale qui nous permet de prendre la mesure de leur ingéniosité. Bien plus que des forgerons, les Nains sont également des maîtres dans la physique et la technique pour assurer leurs déplacements sous la montagne grâce à des petits wagons qui se déplacent sur des rails dans les galeries des mines. Quelques loopings et pointes de vitesse sous terre qui ne seront pas sans rappeler une course-poursuite mythique d'Indiana Jones.  

De belles références, un récit rondement mené, des personnages à fort capital sympathie, autant d’éléments qui nourrissent une fantasy qui plaira aux petits comme aux grands.

Fantasy à la carte

23/04/2017

L'Histoire Eternelle, touche de son aile, la Belle et la Bête

Après le dessin animé de Walt Disney (1991), et la comédie musicale d'abord montée à Brodway en 1997, puis à Paris en 2013, le célèbre conte de La Belle et la Bête revient à nouveau sur le devant de la scène sous la forme d'un film musical. C'est Bill Condon qui se lance dans sa réalisation, et le film sort le 22 mars 2017.

Cette formule n'est pas une nouvelle version du mythe mais plutôt une adaptation tournée en décors réels du film d'animation des studios Disney. On retrouve ainsi les mêmes chansons que dans le dessin animé. Le casting et le choix des lieux ont donc été minutieusement sélectionnés afin de coller au plus près de cette version. 

Hormis quelques détails ajoutés ici ou là, on replonge bien dans le classique de Disney. Parmi les ajouts, le plus notable est peut-être la référence à la maman de Belle, disparue prématurément car décédée des suites de la peste, comme on l'apprend dans le film. 

Pour l'histoire, je ne vais pas m'étaler dessus très longtemps puisqu'elle est connue de tous. C'est le destin d'une jeune fille qui refuse la vie conventionnelle imposée par le dictat de la société. Ainsi, elle ne veut pas se marier et faire des enfants simplement par convenance. Elle préfère garder son indépendance et n'hésite pas à échanger sa liberté contre la vie de son père lorsque celui-ci est emprisonné par une terrible créature pour avoir dérobé une rose dans le parc du château de cette dernière. Mais voilà refuser de se marier est très vite mal jugé surtout lorsqu'elle décline les avances de Gaston, le garçon le plus en vue du village. Un dédit qui ne manquera pas d'entraîner des réactions en chaîne par la suite. 
La Belle et la Bête est un film qui se classe parmi les films de fantasy. Déjà par l'omniprésence de la magie. Cela commence avec le prince qui a été ensorcelé par une enchanteresse comme châtiment pour sa vanité et son égoïsme. Ainsi lui est devenu une bête à l'aspect féroce et effrayant, et son personnel s'est transformé en objets animés. Les plus marquants demeurent le maître d'hôtel, Lumière et le majordome, Big Ben puisque ce sont les deux héros que l'on voit le plus. Ils deviennent très vite les amis les plus proches de Belle. De nombreux objets enchantés sont utilisés par les protagonistes à l'image du miroir magique qui permet à Belle de voir son père en danger et de révéler à tous l'existence de la Bête.  

D'autre part, il y a bien une quête qui est menée par les habitants du château pour que la Bête accède à sa rédemption en tombant amoureux de Belle et en se faisant aimer d'elle en retour. Ils vont d'ailleurs s'y appliquer dès que la jeune femme aura passé les portes de la demeure car ils voient en elle la sauveuse qui mettra un terme à cette malédiction. Pour ce faire, toutes les occasions seront bonnes pour créer intimité et rapprochement entre ces deux êtres que tout oppose. 

La lutte entre le Bien et le Mal est également à l'honneur dans cette production. Ici les apparences sont trompeuses, la Bête a beau être abominable, elle n'est pas le monstre de cette histoire. Le Mal transpire à travers le personnage de Gaston. Bel homme à n'en pas douter mais qui n'hésite pas à manipuler et à mentir pour arriver à ses fins. D'une cruauté rare, il est bien le mal à combattre surtout qu'il entraîne tout le village dans sa folie de vengeance quand il comprend que la Belle lui préfère la Bête. C'est un combat contre l'ignorance et l'intolérance que devra mener Belle afin de sauver tous les habitants de cette demeure ensorcelée. 

Tous les éléments qui qualifient la fantasy sont donc bien là. C'est même de la romantic fantasy portée par une héroïne qui se bat pour conserver sa liberté,  pour lutter contre l'idiotisme et pour combattre l'injustice.

Pour interpréter les rôles principaux, c'est un trio efficace qui a été choisi. Il y a d'abord la jeune Emma Watson qui incarne Belle. Une actrice que l'on ne présente plus car elle connait une carrière montante depuis son rôle d'Hermione Granger dans Harry Potter et grâce à ses engagements humanitaires. C'est une vraie féministe qui sait ce qu'elle veut. Ce qui a fait d'elle un choix incontournable pour ce rôle. Emma Watson ne manque pas de talents. Passionnée, courageuse, engagée elle insuffle à son personnage suffisamment de force pour capter son public. 


Dan Stevens se voit confier le rôle de la Bête. Sa principale difficulté a sans doute été d'endosser le costume et le lourd maquillage de son personnage. Quelle préparation mais le résultat est bien à la hauteur. Notamment connu pour son passage dans Downton Abbey en tant que Matthew Crawley, Dan Stevens s'est ici bien approprié les caractéristiques et les humeurs de la Bête. Il renvoie bien à l'écran les forces et les faiblesses de ce héros si attachant. Il forme d'ailleurs un duo étonnant avec Belle qui ne manque pas de charme et d'intérêt. 

L'autre grand personnage masculin est le célèbre Gaston joué par Luke Evans. Un acteur britannique qui affiche déjà une belle filmographie. Il a notamment joué dans Tamara Drewe (2010), mais aussi dans deux volets du Hobbit (2013-2014) ou encore dans La Fille du train (2016). C'est une mission importante que d'interpréter ce héros pompeux et vaniteux. Tâche réussie brillamment car Luke Evans y est détestable à souhait. Il a beau avoir le physique du chevalier, il n'en reste pas moins un anti-héros. Il est le vrai méchant de ce conte. Cruel, lâche, vantard et menteur, il personnifie tout ce que l'être humain peut renfermer de pire. 
Au casting de ce film, ces trois têtes d’affiches voient de prestigieux seconds rôles leur donner la réplique : Emma Thompson en Madame Samovar, Ian McKellen en Big Ben et Ewan McGregor en Lumière. Le réalisateur et les producteurs se sont offerts le luxe d’en faire des guets-stars discrètes, dont l’identité n’apparaît qu’à la fin du film, et dont la renommée ne fait que renforcer le prestige.

Au final La Belle et la Bête reflète bien le dessin animé avec tout de même un petit bémol au niveau du playback des chansons qui est clairement visible dans certaines scènes et peut-être tout de même perçu comme de l'amateurisme. C'est un beau succès aux Etats-Unis avec des recettes d'un montant de 432 316 034 dollars. Quant à la France, il totalise pour le moment 2 838 105 entrées pour quatre semaines de projection. Qu'on soit une princesse en herbe ou une éternelle nostalgique du grand Walt Disney, c'est de toute évidence un divertissement à ne pas manquer. 
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