L'influence du "gaming" à la littérature

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10/09/2017

Chloé Chevalier, Mers brumeuses, Récits du Demi-Loup, tome 3

C'est dans le cadre du Mois de L'Imaginaire que je vais vous faire découvrir le troisième volet des Récits du Demi-Loup de Chloé Chevalier. Comme quinze autres de leurs confrères, Les Moutons électriques mettent à l'honneur certains de leurs poulains par l'intermédiaire de partenariats. C'est le cas de Chloé Chevalier qui voit ses romans être l'affiche tout un mois. Cette belle initiative s'est faite par l'intermédiaire du blog Book en Stock qui joue l'interlocuteur entre la maison d'édition, l'auteure et les blogs partenaires. C'est ainsi que Fantasy à la carte s'est vu confié l'honneur de partager son avis sur son dernier roman.


Dans le royaume du Demi-Loup, les vieilles rancœurs se rallument. La déchirure entre Véridienne et Les Eponas n'a jamais été aussi béante. Le prince Aldemor et sa complice Cathelle ont bien œuvré pour mettre le feu au poudre. Leur lente machination se met en place et les dégâts s'annoncent d'ores et déjà terribles.

En attisant l’ego démesuré des deux reines, ils ont réussi à les mener au bord de la guerre. Or, il n'y a pas plus dangereux que deux personnes inconséquentes à la tête de deux puissantes armées. Dans Les Terres de l'Est, on a vu, peu à peu, l'armée de chacune d'elle grossir. On a donc aucun mal à imaginer les dégâts qu'elles feraient sur le royaume si elles devaient s'affronter. Aldemor et Cathelle en ont l'intime conviction. D'ailleurs, pour eux c'est un mal nécessaire à la survie du royaume. Pour Aldemor, il faut faire table rase pour mieux répartir à zéro. 

Bien entendu, il a bien conscience que même s'il reprenait le pouvoir sur le Demi-Loup, il ne pourrait reconstruire seul, surtout sur des ruines. C'est pour cela qu'il souhaite s'associer à l'Empire. Il pense trouver là, la solution pour sauver son royaume. Suicidaire, un tantinet aliéné, il est prêt à tout pour réussir son entreprise, y compris à se jeter dans la gueule du loup en pénétrant seul et désarmé au cœur de l'Empire. Ses vieux ennemis l'y attendent et l'espoir escompté pourrait échouer. 

Qu'importe la machine est lancée et plus personne ne pourra l'arrêter...


01/09/2017

Le Mois de l'Imaginaire, le nouveau rendez-vous des passionnés de l'Imaginaire

Le 23 mars dernier, seize éditeurs s'unissent dans le cadre du manifeste de défense des littératures de l'Imaginaire pour promouvoir la science-fiction, la fantasy et le fantastique.

Coup de gueule ou coup de pub, ils sont tous d'accord pour reconnaître que le genre est encore trop souvent méprisé par beaucoup de gens qui restent sur leurs a priori. 

Annoncée officiellement aux Imaginales, cette fête se déroulera chaque année au mois d'octobre. Tous les professionnels du genre: éditeurs, libraires, auteurs, blogueurs se mobilisent pour mettre l'ensemble de ces littératures à l'honneur. Pour l'occasion, de nombreuses actions seront mises en place comme des rencontres et des dédicaces en librairies, des jeux-concours, des parutions exceptionnelles, des partenariats entre blogueurs et éditeurs...ect...


29/08/2017

Chloé Chevalier, Les Terres de l'Est, Récits du Demi-Loup, tome 2

Les Terres de l'Est font suite aux aventures des héros de Chloé Chevalier.

Souvenez-vous, on les avait laissés en délicates positions. A force de dissensions et de désaccords, le noyau dure que formait la cour de Véridienne a fini par céder et les protagonistes, à se séparer.

Deux années se sont écoulées depuis les derniers événements survenus à Véridienne, et dans le royaume du Demi-Loup en général. Rien n'y est plus pareil comme on pouvait si attendre. Les héros se sont séparés dans des conditions, pour le moins, dramatiques. Calvina est retournée aux Eponas avec sa suivante Luftilde. Aldemor a été chassé par son père pour un désaccord et une mésentente latente. Humiliée, Cathelle s'est même enfuie avec ce dernier. Seule Malvane est restée à la cour avec Nerses qui demeure sa seule suivante. 

C'est donc à ce moment crucial de l'histoire que Chloé Chevalier a décidé de reprendre la plume pour nous partager les dernières informations. Comme à son habitude le récit se construit de la même manière sous la forme de correspondances épistolaires. Mais alors que le premier roman posait les décors et les bases de l'intrigue, le second tome, lui, entre plus profondément dans le vif du sujet. Il multiplie les révélations fracassantes. Et on comprend mieux d'où viennent les relations conflictuelles entre le Demi-Loup et l'Empire grâce aux révélations d'Aldemor.

Le royaume est menacé. La perfidie de l'Empire qui rend sournoisement la pareille au Demi-Loup n'arrange pas les luttes intestines. La Preste Mort touche de plus en plus de contrées. La peur se propage aussi vite que la maladie. Et avec elle, les problèmes s'accumulent. En temps de paix sur les terres du royaume, le gouvernement laxiste d'Aldemar pouvait fonctionner mais maintenant que la mort rôde, un chef à poigne est indispensable. Le retour d'Aldemor aurait pu être l'occasion au roi de passer la main et d'arranger la situation. Seulement de profonds désaccords entre père et fils vont enterrer le Demi-Loup. 

C'est dans cet état d'esprit de vengeance que l'on retrouve Aldemor. Il veut reprendre le royaume et le sauver. Il a cette folle idée avec Cathelle d'aller chercher le remède au cœur même de l'ennemi. C'est ainsi que tous deux échafaudent un plan aussi fou que machiavélique pour répondre à leur désir de revanche. D'ailleurs, ils n'auront pas besoin de pousser très loin face à l'incompétence ou à la crédulité des deux princesses qui, en très peu de temps, ont dû abandonner la futilité de leur vie à la gestion très sérieuse de deux royaumes. On imagine sans mal la catastrophe vers laquelle s'engagent le Demi-Loup et les Eponas. 

Entre manipulation et machination, ce volet de l'histoire promet de sacrés rebondissements. Chloé Chevalier essaime ici ou là quelques belles révélations aussi bien sur certains de ses personnages que sur l'histoire propre. Un roman qui nous fait entrevoir les pions qu'elle a placé depuis le tout début du récit et qui nous ouvre les yeux sur la finalité vers laquelle elle veut nous mener. 

Avec Les Terres de l'Est, on sort des frontières. On découvre les us et coutumes d'autres lieux. On se laisse charmer par l'exotisme de l'inconnu. C'est essentiellement à travers les souvenirs du prince héritier que cela est possible. Une manière pour l'auteure de donner de nouvelles perspectives à son univers. 

Un tome qui confirme la fantasy envoûtante dont nous enivre Chloé Chevalier depuis sa toute première ligne. 


Fantasy à la carte

23/08/2017

Fabien Cerutti, Le Marteau des Sorcières, Le Bâtard de Kosigan, tome 3

Mnemos fait une rentrée littéraire retentissante avec le très attendu troisième volet du Bâtard de Kosigan de Fabien Cerutti. 

Ils m'ont fait l'honneur de découvrir ce nouveau roman en avant première et je les remercie de leur confiance.

Pour ce tome, c'est un changement de décor que nous offre Fabien Cerutti. Pierre Cordwain de Kosigan a plié momentanément bagage pour se rendre dans le Saint-Empire et offrir les services de sa compagnie à Dagmar von Hohenstauffen. Là-bas, il est chargé par ce dernier de débusquer le ou les espions dans l'entourage du duc de Cologne qui renseignent les sorcières du Mondkreises (littéralement Cénacle lunaire). 

L'affaire s'annonce épineuse car l'Inquisition est omniprésente dans l'empire germanique. Pire encore, Juan Ginès de Las Casas, qui n'est autre que le cardinal du Saint Office de l'Inquisition, œuvre dans les parages de l'Herzog (duc) et risque de mettre à mal sa mission. D'autant que notre bâtard, qui est déjà passé entre les mains de ces fanatiques religieux, n'a pas la moindre envie de retenter l'expérience. Alors avec Las Casas dans les parages qui semble flairer le sang noir qui coule dans ses veines, Pierre risque gros dans cette histoire. 

Mais comme à son habitude, si Pierre Cordwain est là, ce n'est pas le fruit du hasard, ni par générosité. Chacune de ses interventions sont finement calculées: chez lui, l'intérêt personnel prime toujours sur le reste. Or, justement, s'il est parti en Westphalie, c'est surtout pour en apprendre plus sur ses origines et plus particulièrement sur sa mère dont lui revient des souvenirs par bribes et de manière encore trop confuse. Il est temps de comprendre d'où il vient et d'où il tire ses pouvoirs sur la source. Le seul moyen pour lui est de rentrer en contact avec les fameuses sorcières du Cénacle lunaire. Ainsi, allier intérêt personnel et financier tombe à pic pour notre habile héros. Bien entendu, sur le papier l'idée était bonne, maintenant la question est de savoir si dans les faits, cela ne va pas lui revenir comme un boomerang. Encore une fois, Pierre Cordwain va jouer un jeu très dangereux. 

En pleine chasse aux sorcières, Fabien Cerutti nous plonge dans une période fortement troublée où les meurtres de masse étaient légions. Tortures, exactions, assassinats sont donc de mise dans ce nouveau récit. A travers les yeux de son héros, on revit un pan de l'Histoire effrayant. Il est vrai que l'Inquisition a été très présente en territoire germanique. Seulement, l'auteur s'amuse beaucoup avec les dates des événements. Puisque selon les sources officielles, c'est au XVe siècle que le pape Innocent VIII décide de donner les pleins pouvoirs à deux inquisiteurs de Cologne leur permettant, si les sorcières survivent à la torture, de les faire périr par noyade lors du "Jugement de Dieu" ou par immolation sur le bûcher. C'est d'ailleurs de la main de ces deux dominicains que le traité de démonologie Malleus maleficarum voit le jour, traduit par "le Marteau des sorcières", titre judicieusement choisi par notre auteur. Joli clin d’œil qui rend ses lecteurs complices en leur partageant le secret le mieux gardé de l'Histoire. Car derrière les faits historiques tels qu'on les connait se cache une autre histoire si l'on en croit le journal de Pierre Cordwain. Plus ésotérique, plus mystérieuse, plus spectaculaire, la version que nous livre ici Fabien Cerutti n'en est donc que plus électrisante. Agrégé d'histoire et au vu de la grande fluidité de ses récits, on n'a aucun mal à imaginer la passion que ce professeur doit mettre dans la transmission de ses cours. Avec sa plume de grande qualité, Fabien Cerutti est un auteur qui fait aimer l'Histoire. 

Parfois, lorsqu'un cycle perdure sur plusieurs romans, il a tendance à s'essouffler. Avec Le Bâtard de Kosigan, il n'en est rien. C'est même l'inverse puisqu'on est de plus en plus séduit par ce héros, de plus en plus accroché à ses mystères. Je reste fascinée par sa gouaille et ses machinations. Devant tant d'imprévisibilité, on ne peut être que captivé.

Les derniers chapitres font même monter crescendo la tension avec un suspense qui est de plus en plus intense.

Un final qui apparaît comme une promesse d'une suite encore plus explosive.

Fantasy à la carte

20/08/2017

Laetitia Reynders, Rouge Poison

Après sa trilogie de La Gardienne du Miroir, Laetitia Reynders reprend la plume avec un récit inédit. 

Rouge Poison, c'est une histoire contemporaine qui nous fait partager le quotidien de Leana Salvo. Elle est une jeune femme ordinaire qui partage sa vie entre son emploi dans une agence immobilière de Vannes et ses amis. Rien d’exceptionnel jusqu'à cette fin de journée où, tandis qu'elle se trouve dans sa librairie de quartier, elle assiste au meurtre de la libraire. Survivante à cet odieux meurtre, elle semble comme anesthésiée par la situation comme si elle ne réalisait pas la gravité des choses. Pire encore le meurtrier lui a promis de la retrouver en la nommant Sober comme s'il la confondait avec une autre. Est-ce pour cette raison qu'il l'a laissé en vie? Par erreur? Davantage chamboulée par cet inconnu aux yeux bleus si pénétrants, la jeune femme tente de reprendre le cours normal de sa vie. Or, il semblerait que l'assassin ne le souhaite pas. Chaque jour il lui rend visite dans son appartement. Il entre et sort dans sa vie comme un fantôme. Très vite va se nouer une relation forte entre les deux êtres. Engluée dans cette liaison aussi malsaine qu'addictive, Leana ne sait plus quoi faire ni quoi penser. Elle ignore rien de la vraie nature de son nouvel amant car Cohen ne lui a rien caché de ce côté-là. Seulement plus elle se dit devrait s'en éloigner, moins elle s'en sent capable. Et tolérer les desseins meurtriers de Cohen fait d'elle sa complice. Mais peut-elle vraiment s'arrêter? 

Aussi passionné que sanguinaire ce nouveau roman interpelle le lecteur. Les assassins y occupent la place de héros. La lutte du Bien et du Mal y apparaît comme inversée. 

Pour son histoire, l'auteure a choisit de mettre la Bretagne à l'honneur et particulièrement son folklore autour des sorciers et sorcières, de la célébration des sabbats et de l'existence de certaines créatures de la nuit. On peut le dire, la lecture de Rouge Poison est une véritable promenade ésotérique qui perturbe nos croyances les plus profondes. Je dirais même qu'en refermant le livre, on voit la Bretagne d'un autre œil. 

Avec sa fluidité habituelle, Laetitia Reynders ponctue son écrit de quelques clins d’œil ici ou là faisant référence à certaines séries TV ou certains films. D'ailleurs, le début de ce livre n'est pas sans rappeler la célèbre saga de Stephenie Meyer car il semblerait que Leana Salvo partage la même fascination que Bella Swan. 

Fait de passion et de violence, ce roman résolument moderne est troublant. Quoiqu'il en soit, c'est une histoire qui se lit d'une traite tant on y est bien accroché dès les premières lignes. 

Fantasy à la carte

16/08/2017

Entrez en féerie à Contes et Légendes

Depuis quelques années Provins devient, le temps d'un weekend, le cadre idéal pour accueillir Orcs, Chevaliers, Trolls et autres Bardes venus flâner auprès d'artisans, d'artistes et d'écrivains réunis pour l'occasion. 

Cette petite cité médiévale est propice à ce genre d'événements et permet aux visiteurs d'oublier le temps présent pour se plonger dans les arts de rue, de retrouver l'ambiance des grands tournois ou de se laisser hypnotiser par le balai des oiseaux sauvages.

Contes et Légendes est un festival fantastique où les artistes de l'Imaginaire viennent discuter avec le chaland de leur univers.

Festival insolite de par le lieu où les artisans, les écrivains et les illustrateurs sont disséminés ici ou là. C'est donc dans un véritable jeu de piste dans lequel on s'engage pour partir en quête de tel ou tel stand. Que ce soit sous des barnums ou des tentes isolées, il faut garder les yeux bien ouverts pour ne louper aucune des merveilles proposées. 

Véritable caverne d’Ali Baba, j'ai eu l'immense plaisir de retrouver Laetitia Reynders et d'échanger avec elle sur sa belle trilogie La Gardienne du Miroir dont je lirais la suite avec gourmandise. Quoi de plus agréable que d'être accueilli avec sourire et bonne humeur, je remercie donc encore chaleureusement cette auteure et son mari que je rencontrerai à nouveau avec plaisir afin de discuter de ses bons romans.  

Autre belle rencontre de ce dimanche est bien évidemment d'avoir fait un tour sur le stand d'Atelier Terra Nostra. Que de merveilles, on en a plein les yeux. Je salue la créativité et la disponibilité de la créatrice qui est aussi sympathique que talentueuse. Comment résister à toutes ces pierres si bien mises en valeur?

Contes et Légendes fait partie de ces festivals où l'on prend plaisir à déambuler. Un salon où l'on n'est pas pressé, où on a de l'espace pour virevolter, s'arrêter et admirer. 

En plus du salon du livre et du marché médiéval, les organisateurs proposent de nombreuses activités. Ainsi, en journée on pouvait participer à des ateliers de techniques d'enluminure ou de maquillage; assister à des spectacles de rue comme des danses, des micro-concerts, des petites scénettes jouées par des passionnés ou des grandes épopées racontées par des conteurs à la verve haute. En soirée, l'animation était assurée par un concert de La Horde et un stupéfiant spectacle de feu réalisé par la troupe d'Alchymea.

Contes et Légendes, c'est un festival familial organisé par des passionnés qui proposent une belle incursion en territoires merveilleux. 

Fantasy à la carte

12/08/2017

Charline Rose, Edwenn, Le Monde des Faës, tome 1

Edwenn, Le Monde des Faës est un titre qui en dit long sur le récit. Dès lors, on sait que l'on sera en présence d'êtres féeriques. Fées, Elfes, Dryades, Ondines sont autant de créatures qui invitent au songe et à la rêverie. Voici le décor planté par Charline Rose, un univers ponctué de chimères et poudré de féerie. 

Dans cette histoire, il est question d'une humaine qui va connaître un destin peu commun car par un concours de circonstance et une rencontre fortuite, elle va traverser le voile séparant le monde des humains de celui des Faës. C'est par l'intermédiaire de l'Elfe Kadvael que tout va basculer pour Edwenn. En voulant le soigner et le mettre à l’abri dans son village, la jeune femme se retrouve bien vite à devoir fuir en sa compagnie. Persécuté par des Chimères pour avoir braver l'interdit de pénétrer leurs terres, Kadvael court un grave danger et met, de ce fait, la vie de la jeune humaine en péril. Au cœur d'un conflit ancestral, ravivé par une histoire d'amour proscrite entre Kadvael et la fille du roi des Chimères, Edwenn se retrouve prise à partie et devient également la cible de ces terrifiantes créatures. Voici comment tout a commencé...

En traversant la frontière, Edwenn pénètre en territoires elfiques. Ainsi comme elle, on découvre l'univers crée par Charline Rose. Il est riche de plusieurs royaumes elfiques comme celui des Dames de Pierre, des Terres de Nuit, ou encore les Iles Cendrées. Chacun d'entre eux revêt un aspect différent. Ils arborent des us et coutumes propres. Les peuples eux-mêmes y sont très diversifiés avec des caractéristiques et des pouvoirs qui varient selon les origines. Grâce à Edwenn, on en côtoie tout un échantillon. Et on se rend compte que tout comme les humains, les Elfes sont animés par les mêmes sentiments ou ressentiments. Les royaumes dépeints nous éblouissent tour à tour tant leur magnificence est grande. Et, il faut bien le dire, on est tout aussi émerveillé que l’héroïne de Charline Rose. 

A côté des territoires elfiques, il y a celui des Chimères qui nous illusionne et nous effraie tant leur fourberie est considérable. Ainsi que celui que l'on nomme le Royaume Pourpre plus sombre encore où réside l'effrayante Impératrice. 

Charline Rose décrit tout un monde fait de beauté et de violence car ne croyez pas que les Elfes et les Fées incarnent la bonté même. Ils savent se montrer cruels et demeurent une menace pour les simples mortels dénués de pouvoirs magiques, comme Edwenn en fera elle-même les frais avec certains et certaines. 

De son récit se dégagent de fortes personnalités, des personnages attachants ou au contraire détestables. 

L’héroïne, bien sûr. Edwenn est une jeune humaine au caractère farouche et à l'esprit aventureux. Ce qui lui permettra de survivre parmi les Elfes. 

Le pompeux Kadvael qu'on ne voit finalement que très peu mais dont le rôle joué dans cette histoire demeure majeur puisque c'est à cause de lui qu'Edwenn traverse le voile. 

Jezekael, le roi d'Alwena et frère de Kadvael est un Elfe puissant et pourtant sa bienveillance à l'égard de l'humaine, est sans commune mesure. Tous deux apprendront à bien se connaître au fil de l'histoire. Ce qui ne gâche rien est qu'il est extrêmement séduisant comme le regard envoûté d'Edwenn nous le confirme. 

Maenowen est un soldat de la Grande Nébuleuse du Royaume Sous le Vent qui va très vite se lier à Edwenn. Il voit en elle le courage et la force qui coulent dans ses veines et va la perfectionner dans le maniement des armes.

Enya, la belle reine des Iles Cendrées est une Eflfe qui tire ses pouvoirs de la terre et font d'elle une grande puissance. Elle devient de suite l'amie d'Edwenn car elle retrouve en cette dernière un peu de son caractère. Différente des autres Faërys, elle sait voir des qualités chez les humains et prône la paix entre les races.

Les héritiers du Royaume Sous le Vent, Luner et Maël sont deux Elfes qui vont vite s'attirer l'amitié de la jeune femme. Le premier lui fera faire ses premiers pas à la cour de Nuit, le second, quant à lui, lui enseignera les lettres. Deux êtres qui sont d'une extrême gentillesse et parfaitement à l'opposé de leurs quatre sœurs Lueur, Éclat, Crépuscule et Soupir qui s'avèrent être de vraies pestes. La pire étant ici, Lueur, à qui revient le rôle de la garce poussée à l’extrême. Il faut bien un pendant au Bien, et dans Edwenn, Le Monde des Faës, il se manifeste par la présence de plusieurs protagonistes. 

Lueur représente la perfection faite Elfe. Elle est d'une beauté incandescente mais également d'une méchanceté crue. Égocentrique à souhait, elle perçoit très vite Edwenn comme une menace surtout quand elle prend conscience des liens qui unissent l'humaine au roi d'Alwena. Pourrie, gâtée, Lueur est une ennemie à ne pas négliger.
Les deux grandes figures du Malin sont incarnées ici en Camall, le roi des Chimères. Fourbe, dangereux, avide de pouvoir, il est un ennemi redoutable pour la communauté des Elfes. Il se sert de l'amour qui liait sa fille Dredre à Kadvael pour déclarer la guerre aux Elfes et justifier l'invasion de leurs royaumes. Son but avoué étant plutôt ici de noyer le monde de ses Illusions afin de mieux le contrôler. 
Il sera aidé dans sa quête de pouvoir par celle que l'on surnomme l'Impératrice, une Elfe aliénée qui est juste aveuglées par sa propre vengeance. 

En mettant en scène tous ces héros, Charline Rose inscrit son récit dans une fantasy traditionnelle où la lutte du Bien et du Mal est omniprésente. Des ingrédients qui ont fait leur preuve et qui lui vaut la belle récompense du Prix de l'Imaginaire 2016. Une distinction qui fait rentrer cette nouvelle plume dans la catégorie des bons auteurs du genre. 

Une écriture puissante dont on garde le charme longtemps après avoir refermé le livre. 


Fantasy à la carte


30/07/2017

Gregory Da Rosa, Sénéchal

La sortie en librairie de Sénéchal n'est pas passé inaperçu. En effet, les éditions Mnemos avaient bien assuré la promotion de leur nouveau poulain, Grégory Da Rosa afin d'inciter les lecteurs du genre à se ruer sur ce nouveau roman. Moi-même, je n'étais pas insensible à ce livre et je peux vous dire qu'il s'est très vite ajouter à ma liste de livres à acheter.

Aussitôt acheté, aussitôt placé en haut de ma PAL de l'été d'ailleurs. Sénéchal est un livre contre lequel on ne résiste pas longtemps.

Résumé

Tiré du lit en pleine nuit, le sénéchal Philippe Gardeval a du mal à comprendre, encore noyé dans les brumes du sommeil, que la ville est assiégée. L'heure est critique pour Lysimaque qui se voit entourer par une armée s'étendant à perte de vue dont on ignore la provenance ni même les raison d'un tel siège. Surpris par cette aberration, Philippe s'empresse de rejoindre le roi en craignant, quelque peu, la réaction de ce monarque si soupe au lait. C'est un conseil de guerre qui se tient à la cour de Lysimaque, le roi est entouré des nobles du royaume afin de déterminer la marche à suivre face à cette menace. 

En tant que sénéchal, Philippe Gardeval devra jouer un rôle important pour sortir la ville de  ce marasme. Seulement plus les jours vont passer, plus la situation va se compliquer, notamment lorsque l'épouse d'un haut dignitaire meurt empoisonnée. Le traître est donc déjà infiltré, à l'intérieur même du palais. Et pour débusquer ce ver, il faudra à Philippe Gardeval user de toute son ingéniosité.

Gregory Da Rosa donne la parole à Philippe Gardeval, sénéchal du roi, ce qui fait de lui le deuxième homme le plus influent du royaume. Un tel statut laisse penser que l'on a affaire à un héros puissant. Avec Sénéchal, Gregory Da Rosa sait nous surprendre car Philippe Gardeval est un homme vieillissant et fatigué. On est loin du fringuant chevalier à l'armure étincelante. C'est un homme dont la vie est plus derrière que devant lui. Pondéré, réfléchi Philippe est un homme d'expériences qui demeure une carte maîtresse dans la manche du roi. En dressant le portrait d'un tel héros, l'auteur distribue les cartes de son jeu différemment et donne à son récit de fantasy une toute autre orientation. 

Tout se passe à l'intérieur des murs fortifiées de la ville. Ici on est loin des grands espaces, des chevauchées épiques au cœur de paysages grandioses. Sénéchal se présente à la manière d'un cluedo dans lequel on cherche à résoudre le crime. L'enjeu est grand et d'autres têtes pourraient bien tomber si Philippe ne résout pas rapidement ces mystères. Après tout la vie du roi, et la destinée du royaume sont en jeu.

C'est une immersion complète dans une société féodale que nous dépeint Gregory Da Rosa. Tout y est pour faire revivre le Moyen-Âge jusqu'au langage employé. Ainsi, il donne une ambiance particulière à sa fantasy qui se coule bien avec l'époque du récit.

Toute jeune plume qu'il est Gregory Da Rosa révèle avec ce premier tome tout son talent. Il sait poser ses décors et mener l'action à tambour battant quand il le faut.

La magie noire qui infiltre ses lignes nous donne la chair de poule car c'est avec le diable que Gregory Da Rosa nous fait flirter. Contre lui, la lutte entre le Bien et le Mal semble perdu d'avance. Seul le dénouement sera à même de nous dire qui remportera la partie de cette joute mortelle. Enfin on l'espère!

Un premier récit puissant, dérangeant parfois, mais qui sait tenir son lecteur en haleine tant on veut savoir où l'auteur veut nous emmener. 

 Fantasy à la carte     

26/07/2017

Les Rencontres de l'Imaginaire de Brocéliande, une escapade en terre légendaire

Avant d'évoquer avec vous ces Rencontres de l'Imaginaire, je voudrais m'arrêter quelques instants sur le lieu en lui-même. A vrai dire, il n'y a pas de plus bel endroit pour installer un festival sur les littératures de l'Imaginaire que le château de Comper. C'est en ces murs que le Centre Arthurien a décidé de poser ses valises depuis 1990. 

C'est dans un paysage féerique que les visiteurs sont accueillis. On pénètre les lieux en passant sur un pont surplombant les anciennes douves, puis on franchit une petite porte fermée de grilles en fer forgé pour déboucher dans la cour du logis. Mais c'est de l'autre côté du château que l'on trouve la plus belle vue. Nos yeux se portent sur le fameux lac de Viviane qui s'étend à perte de vue et se confond au loin avec les arbres de la forêt de Brocéliande qui l'encadrent. C'est un paysage à couper le souffle qui s'étale sous nos yeux entre lac, forêt et lande. La Bretagne senorgueillit de ses merveilles. Un panorama qui donne vie à la légende et qui réveille quelque-chose au fond de notre cœur. Peut-être que par temps de brume, si votre esprit est suffisamment ouvert et que votre âme est pure, la fée du lac lèvera le voile invisible sur son palais de glace édifié par Merlin au milieu du lac. 

A Comper, l'émerveillement se poursuit lorsque l'on entre dans le château. Le début de la visite commence et se termine par la librairie spécialisée du Centre Arthurien. Pour les amoureux des livres et de la Matière de Bretagne, ce lieu est un véritable paradis qui offre plus de 600 références sur les légendes et l'Imaginaire en général. La librairie laissée derrière nous, on pénètre dans le cœur même de l'Histoire. On parcourt des espaces qui reconstituent les moments forts de la naissance d'Arthur à sa déchéance. C'est un véritable spectacle scénographique que nous propose le Centre Arthurien. Mises en scènes, effets de lumière, bande son sont là pour créer une ambiance au lieu permettant aux visiteurs de prendre la mesure du destin fabuleux de ces grands héros de la mythique Bretagne. 

Comper, c'est également un endroit qui donne la parole aux artistes en ménageant des espaces pour des expositions éphémères. C'est un lieu d'art et de création par excellence. A l'occasion de la quinzième édition des Rencontres de l'Imaginaire, c'est l'illustratrice Rebecca Dautremer qui est à l'honneur. Ainsi, quarante de ses œuvres parent cette année les murs du château afin de donner un aperçu de son travail. Les créations de trois autres illustrateurs sont également exposées comme celles de Séverine Pineaux à La Porte des Secrets (à Paimpont), ou encore celles de Lawrence Rasson et de Jim Colorex, à l'office du tourisme de Trehorenteuc. Découvrir ces lieux d'expositions apparaissaient comme un jeu de piste, un itinéraire artistique pour régaler nos yeux et notre âme devant tant de beauté, et de féerie. Ils mettent la nature et les êtres merveilleux au cœur de leurs œuvres, et le rendu nous laisse juste sans voix. Le trait délicat, l'éclat des couleurs, les jeux d'ombre et de lumière donnent de la puissance à ces compositions. Les créatures représentées nous apparaissent ainsi d'autant plus réelles. Elles donnent un souffle de vie à ces êtres chimériques et trouvent toute leur place au sein de ce lieu mythique. Des illustrations qui incitent tout simplement à la rêverie et au vagabondage de l'esprit. D'ailleurs, on perd vite la notion du temps lorsque l'on déambule d'un endroit à l'autre pour admirer ces réalisations.
D'autres auteurs et illustrateurs ont répondu à l'invitation. Ils étaient quarante. Ainsi, le temps d'un salon du livre, on pouvait discuter et se faire dédicacer leurs livres ou leurs illustrations dans la cour de Comper ou les écouter lors des tables rondes. Beaucoup d'habitués des lieux comme Nathalie Dau, Pierre Pevel, Estelle Faye, Hélène Larbaigt, Chantal Robillard, Brucero, Lawrence Rasson vous accueillaient sourire aux lèvres pour papoter autour de leurs œuvres. Les organisateurs du festival ont bien fait les choses en proposant quatre conférences qui portaient tantôt sur la féerie, les mythes celtiques, tantôt sur les contes ou l'uchronie. Des thèmes chers à la littérature fantasy puisqu'ils sont récurrents. Un bon moment pour explorer les univers des différents auteurs, illustrateurs présents et se donner ainsi de nouvelles pistes de lecture.
Bien entendu les Rencontres de l'Imaginaire n'est qu'un exemple de la saison culturelle du Centre Arthurien car les événements y sont nombreux et variés comme La Pentecôte du roi Arthur ou Les Médiévales de Brocéliande pour ne citer qu'eux. 

Les Rencontres de l'Imaginaire, c'est une semaine d'animations pour les petits et grands. Il y a par exemple des ateliers qui sont mis en place pour apprendre à devenir un vrai chevalier en maîtrisant les bases de l'escrime, ou à participer à un atelier de marionnettes. Il y a des balades contées, des récitals, des contes sous le grand chêne de Comper, des projections cinématographiques aussi. 

Un marché médiéval se tenait à Paimpont où les artisans créateurs de Brocéliand'co exposaient. 

La possibilité pour les écrivains et artistes en herbe de rencontrer des professionnels étaient également faisables. Une manière de renouveler le terreau en donnant la chance aux nouveaux talents de sortir de l'ombre. 

En somme le Centre Arthurien offre un festival très complet qui donne envie d'en découvrir toujours plus sur les légendes arthuriennes. On se laisse s'y facilement séduire par ce mythe éternel. 

C'est un lieu hors du temps que la forêt de Brocéliande. Elle dissimule des endroits secrets et incontournables comme Le Val sans Retour, la Fontaine de Barenton ou encore l'Arbre d'Or. Il est clair que l'on ressort de ce périple changé comme transformé par tous les êtres fantasmagoriques qui peuplent les lieux.  

Malgré un weekend largement arrosé, ma découverte du château de Comper a été ponctuée d'une belle éclaircie comme si la fée Viviane en personne m'invitait à visiter son antre en toute sérénité et au sec. 
Un festival unique qui fait tout simplement battre notre cœur à l'unisson des grands héros de la geste arthurienne. 

Fantasy à la carte

09/07/2017

Paul Beorn, Le Septième Guerrier-Mage

Souvent nommé aux prix des littératures de l'Imaginaire les plus prestigieux, Paul Beorn obtient enfin sa consécration avec son dernier roman Le Septième Guerrier-Mage qui a reçu en 2016 le prix des lycéens aux Imaginales. Édité par les éditions Bragelonne, c'est un coup de maître pour la maison d'édition qui bénéficie des retombées médiatiques de ce festival.

Mais cette récompense est également un gage de lecture coup de cœur pour le lecteur. En tout cas, cela a été pour ma part une motivation de lecture. Et c'est avec cette idée en tête que je me suis plongée dans ce nouveau roman.

Dès les premières pages, on entre à pieds joints dans un récit d'héroic fantasy, tout ce qu'il y a de plus traditionnel. Raconté à la première personne, Paul Beorn conte le destin exceptionnel de son héros. Dans la veine des derniers romans de fantasy à la mode, l'auteur a également choisi de mettre en scène un mercenaire, un héros tellement torturé qu'il a tant et plus à nous dire. Ce qui rend la lecture plus sémillante et même troublante. En effet, tous assassins qu'ils sont, ces héros d'un nouveau genre plaisent, fascinent et on s'y attache. Déroutant, non? 

Jal est un orphelin, un déraciné, un déserteur dont on apprend le passé par bribes en même temps que lui car il est amnésique. Les souvenirs lui reviennent à travers ses rêves. Arraché à sa mère et à son frère alors qu'il n'était qu'un très jeune garçon, puis formé à l'activité d'assassin dans une sorte de secte tenue d'une poigne de fer par un maître au visage dissimulé par un masque, Jal est un héros tourmenté par son passé. Image même de l'anti-héros comme on en rencontre de plus en plus en fantasy, Jal est un personnage intéressant. Il en a suffisamment sous la pédale pour nous tenir en haleine tout au long du livre.

Retrouvé inconscient par les villageois d'une discrète vallée, au milieu d'une dizaine de cadavres de soldats, ce combattant hors-norme est une aubaine pour les habitants qui voient en lui leur sauveur. Bien que dissimulée, la vallée est menacée par une immense armée qui brûle, pille et détruit tout sur son passage. Le danger n'a jamais été aussi grand. C'est pourquoi lorsqu'ils découvrent Jal, ils lui mettent la pression pour qu'il reste et assure leur défense. Quand je dis "ils", je devrais plutôt dire "elle" car c'est surtout la fille du seigneur des lieux, Rikken, qui fera tout pour que Jal reste, tantôt en l'achetant, tantôt en le menaçant. Étonnamment, ce solitaire de Jal accepte. C'est ainsi, que le voilà en train de former ces culs-terreux au maniement des armes, et à la défense de leur village. Mission impossible et totalement suicidaire, Jal au passé si sanguinaire se voit doter d'une conscience. Il redevient peu à peu un homme de paroles, un homme d'honneur. En fait, c'est grâce à la présence à ses côtés d'une petit Alfing prénommée Gloutonne qui, à l'image de Jiminy Cricket pour Pinocchio, apparaît comme sa conscience. 

Un roman qui nous fait prendre la mesure de ce qu'est un héros. On ne naît pas ainsi, on le devient.

Sur fond de guerre, la lutte entre le Bien et le Mal n'a jamais été aussi vive. Pour Jal elle est à tous les niveaux. Lutter contre ses habitudes de mercenaire, de déserteur, de solitaire égoïste afin d'aider cette population en détresse. Lutter contre les envahisseurs dont il faisait partie il y a peu de temps encore. Les ennemis d'hier deviennent les alliés d'aujourd'hui. Une lutte perpétuelle qui présage de grands changements pour ce héros qui est en train de forger sa légende. 

Dans Le Septième Guerrier-Mage, Paul Beorn s'est laissé emporter dans des descriptions enlevées de grandes batailles où la magie s'infiltre allègrement pour donner du spectaculaire aux combats. Jal lui-même est doué de magie mais il ne l'apprend que tardivement au moment le plus critique de l'action. 

Un long récit parcouru de moments forts dont la fluidité est telle qu'on se coule avec une grande facilité dans l'histoire. Dès les premières lignes, l'auteur dissémine ici ou là des éléments essentiels à la pleine compréhension de l'histoire, des détails qui n'en sont pas mais qui révéleront bien plus tard de leur importance. 

Estampillé roman "coup de cœur" par Fantasy à la carte, ce livre mérite amplement son prix. Et il est certain que les amoureux du genre prendront le même plaisir que moi à le lire.

Fantasy à la carte 

    

02/07/2017

Chloé Chevalier, Véridienne, Récits du Demi-Loup, tome 1

Nouveau talent découvert par Les moutons électriques, Chloé Chevalier signe ici un premier roman de fantasy très prometteur. 

Le récit est construit de manière fragmentaire puisque l'auteure a choisi de réunir différentes correspondances pour relater son histoire. Ainsi, on s'immerge dans cet univers tantôt en lisant les mémoires de l'héritier du trône du Demi-Loup, tantôt en consultant le journal intime d'une des protagonistes, ou en se plongeant carrément dans des lettres officielles ou personnelles. Un procédé qui peut, de premier abord, dérouter mais qui s'avère diaboliquement efficace pour conserver toute l'attention de ses lecteurs. 

Véridienne, c'est avant tout une ville, la capitale du royaume. C'est le cœur même du pouvoir et donc le centre de l'action. C'est aussi une cour où les intrigues fourmillent comme il est d'usage dans toutes les cours. En fait, toutes ces intrigues vont graviter autour de cinq héroïnes: deux princesses et leurs trois suivantes.

Dans le royaume du Demi-Loup, il existe une tradition. Celle de doter d'un suivant chaque héritier de la famille royale. Ainsi, celui qui est désigné doit être né un jour après ledit héritier. Or, le roi Aldemar, à la naissance de sa fille Malvane, a eu beaucoup de mal à lui trouver une suivante. En effet, après avoir parcouru bien des lieues, il ne lui trouva qu'une suivante née deux jours après jusqu'à ce qu'il lui déniche celle qui correspondra davantage aux exigences de la tradition. C'est pourquoi, la princesse Malvane est la seule héritière flanquée de deux suivantes: Nerses et Cathelle. 

En outre, Véridienne est si excentrée par rapport à la vastitude du royaume que celui-ci est depuis longtemps scindé en deux avec une ligne nette de démarcation. C'est à Aldemar que revient le rôle de roi dont l'autorité est assise dans la capitale, et à son frère Caldemir de diriger Les Eponas (la partie la plus éloignée du royaume). Ce mode de gouvernance a bien fonctionné tant que les deux frères tenaient les rennes du pouvoir. Seulement la disparition tragique du cadet va précipiter le royaume dans le chaos.
Déjà avec la prise de pouvoir par les Chats aux Eponas, obligeant la jeune Calvina et sa suivante Lufthilde à partir sur les routes dangereuses du royaume pour rejoindre Véridienne.
Mais cette mutinerie n'est que la première étape qui va limoger peu à peu la puissance du Demi-Loup. A cela s'ajoute la menace des terres de l'Est qui va précipiter le royaume dans une longue guerre menée par le fils du roi, loin des frontières. Une guerre d'usure qui risque d'avoir raison de Véridienne, surtout avec les conflits internes menés par les contes, eux-mêmes, qui n'ont de cesse de chercher à destituer la famille régnante.  

Un récit qui nous raconte de l'intérieur la vie d'un royaume du plus fort de son rayonnement à sa lente décadence. Un premier roman qui n'est qu'un avant-goût du riche univers dépeint par Chloé Chevalier. 
Il est si facile de se laisser envoûter par la plume de cette auteure tant elle est bien rythmée. Malgré la difficulté de mettre en scène une multitude de personnages, elle réussit avec brio le challenge de ne pas nous égarer. Plus, elle dresse minutieusement le portrait de chacun de ses héros que l'on prend plaisir de connaître leurs vies, leurs pensées les plus intimes, les secrets qui les rongent. Davantage que l'histoire d'un royaume, c'est surtout le destin d'une famille prise dans la tourmente de la vie.  

Découverte à l'édition 2016 des Imaginales, lors d'une table ronde qui portait sur La fantasy...une littérature de l'émotion dont Chloé Chevalier était invitée avec Nathalie Dau et Nabil Ouali, il aurait été dommage de laisser ce roman dormir plus longtemps dans ma bibliothèque.


Fantasy à la carte

25/06/2017

Marion Zimmer Bradley, Le Secret d'Avalon, Les Dames du Lac, tome 3

Dans ce troisième tome du cycle d'Avalon, Marion Zimmer Bradley nous dévoile les secrets de cette île mystérieuse. Comment elle a traversé le temps avant l'avènement du grand roi Arthur?

Comme à son accoutumée, elle se sert du destin des femmes qui ont marqué l'Histoire: Dierna, Caillean et Viviane, les trois grandes prêtresses qui se sont succédées à la tête de l'île aux femmes. 

Une époque houleuse au cours de laquelle il a fallu survivre et s'adapter à l'invasion des légions romaines, puis à celle des hommes du Nord. Cela a été un tournant pour Avalon qui s'est désolidarisée du monde pour vivre à l’abri des regards, cachée par des brumes surnaturelles.

Un tome qui nous raconte comment la légende s'est forgée? Comment la venue des Pendragon a été prédite et amenée au pouvoir.   

Marion Zimmer Bradley se fait davantage historienne dans ce roman. Elle nous rappelle comment le monde s'est construit à travers les plus importantes conquêtes. Une Histoire riche de hauts faits et de personnes qui nous perdent parfois en cours de route tant ils sont multiples. C'est un fragment de l'Histoire de Grande-Bretagne que nous dépeint ici l'auteure. 

Ce que j'ai le plus apprécié dans ce récit, c'est la dernière partie consacrée à la jeunesse de Viviane. On retrouve le mythe arthurien à travers ces figures les plus illustres. Ainsi, Marion Zimmer Bradley revient sur le destin hors du commun de cette jeune femme. C'est l'occasion de comprendre comment elle en est arrivée là, et pourquoi elle est un personnage si important de la Matière de Bretagne. 

Entre Histoire et chimère, Marion Zimmer Bradley nous transporte à nouveau dans un siècle où le temps s'est comme arrêté.



Fantasy à la carte

18/06/2017

Marion Zimmer Bradley: pour une féminisation de la fantasy

Marion Zimmer Bradley, née en 1930 à Albany et décédée en 1999 en Californie, est une pionnière en littérature fantasy et science-fiction comme en témoigne sa foisonnante bibliographie. L'essentiel de son oeuvre a d'ailleurs beaucoup surfé entre deux genres: la space fantasy et la science fantasy. En donnant la parole aux femmes dans ses romans, elle affiche clairement son féminisme en permettant ainsi à l’héroïne de devenir l'égal du héros. 

Fait remarquable à signaler est son investissement à pousser d'autres écrivaines à publier leurs textes à leur tour. Ce qu'elle fit notamment par l'intermédiaire de l'anthologie Sword and Sorceress qu'elle a dirigée et permis ainsi l'émergence de nouvelles auteures comme Mercedes Lackey.  

Elle étudie à l'université de Berkeley en Californie, puis enchaîne les petits boulots de serveuse, blanchisseuse et même chanteuse. Elle épouse en 1947 Robert Alden Bradley puis en 1964, Walter Henry Breen. Deux hommes dont elle divorcera après quelques années de vie commune. C'est très tôt qu'elle se lance dans l'écriture puisqu'elle est à peine âgée d'une vingtaine d'années lorsqu'elle publie sa toute première nouvelle en 1952 dans le magazine de fantasy et science-fiction, Vortex

Elle a marqué le paysage littéraire grâce aux nombreux cycles publiés tout au long de sa carrière. Le premier à citer est celui de Ténébreuse qui est constitué de pas moins de 26 tomes (édités de 1979 à 1999). Une saga qui s'inspire aussi bien de science-fiction que de fantasy. Cela démarre avec le crash d'un vaisseau terrien sur une planète hostile au climat rude où habitent de mystérieuses créatures. C'est dans ce contexte que va devoir survivre l'équipage en fondant, ce qui deviendra avec le temps, une société féodale dirigée par les Comyn aux cheveux rouges. Cette nouvelle population est constituée des familles se prétendant issues d'un être commun et ayant héritées de pouvoirs télépathiques grâce à la présence de cristaux sur cette étrange planète. Alors qu'ils n'ont pas conscience de leurs origines humaines, ils sont rattrapés par leur passé avec l'arrivée de nouveaux terriens avec lesquels ils vont devoir cohabiter. 

Cette première série de romans a été bien accueillie par son public au point que dans les années 70, une association a vu le jour sous le nom des Amis de Ténébreuse. Son but était de publier une lettre d'information qui se transforma en 1977 en fanzine dans lequel des apprentis-écrivains, fortement encouragés par l'écrivaine elle-même, s'initiaient à la rédaction de nouvelles dont l'action se déroulait dans l'univers de Ténébreuse. Plus tard, les meilleurs textes ont été réunis dans onze anthologies sous la direction de Donald Wollheim, le directeur des éditions DAW. Mais en 1992, suite à un désaccord avec l'un des auteurs, Marion Zimmer Bradley a interdit formellement la publication d'autres fictions tirées de Ténébreuse.

Sa saga majeure de fantasy reste celle d'Avalon qui s'étale sur huit romans et correspond à une réécriture des légendes arthuriennes du point de vue féminin. Néanmoins, elle ne se contente pas d'y évoquer seulement le destin d'Arthur et de ses célèbres chevaliers mais dessine l'histoire de la Bretagne depuis la conquête romaine jusqu'à même faire référence à la mystérieuse Atlantide. La petite particularité de ce cycle est qu'il a été continué de manière posthume par Diana L. Paxson. Si l'on tente de reconstituer un ordre chronologique d'écriture et non historique, vient en premier lieu Les Dames du Lac et Les Brumes d'Avalon (1983), suivi de La Chute d'Atlantis (1987), La Colline du dernier adieu (1994), Le Secret d'Avalon (1997), Les Ancêtres d'Avalon (2004), pour se terminer par deux romans non traduits Ravens of Avalon (2007) et Sword of Avalon (2009). 

Elle est l'auteure d'autres sagas comme la série Lumière publiée entre 1984 et 1998. Elle y raconte le destin d'une jeune psychologue rattrapée par ses pouvoirs d'extralucide. Alors que cette dernière s'est réfugiée à San Francisco dans une vieille demeure, elle était loin d'imaginer découvrir un monde occulte, angoissant qui l'épouvante autant qu'il la fascine.  
De 1990 à 1995, Marion Zimmer Bradley coécrit avec André Norton et Julian May une série de romans édités sous l'intitulé Trillium. Ceux-ci racontent de manière plus ou moins cohérente les aventures de deux princesses: Kadiya et Haramis. 

Elle ne sait pas contenter d'écrire des cycles puisque sous sa plume de nombreux romans indépendants ont vu le jour comme Le château des tempêtes (1965), La Maison entre les mondes (1981) ou encore La Princesse de la nuit (1985). 
Néanmoins là où sa plume a été la plus généreuse, cela reste avec ses nouvelles qu'elle a écrites presque tout au long de sa carrière littéraire. Ainsi, on en totalise une trentaine. 

Marion Zimmer Bradley laisse un bel héritage littéraire qui se transmet encore de génération en génération. Ses œuvres sont toujours rééditées, ce qui prouve la haute qualité de sa plume dont les lecteurs, à priori, ne se lassent pas.

On peut donc affirmer sans se tromper qu'elle a influencé toute une génération d'auteurs et de lecteurs en poussant notamment les femmes à lire et à écrire de la fantasy et de la science-fiction. Grâce à des personnalités comme elle, les littératures de l'Imaginaire ne sont plus la chasse gardée des hommes. Elles se féminisent enfin. 

Bien sûr, j'aurais pu vous parler de vaisseau spatial ou de planète lointaine pour évoquer le merveilleux travail d'écriture qu'a réalisé Marion Zimmer Bradley à travers ses textes. Cependant je préfère que l'on s'attarde plutôt sur sa réappropriation du mythe arthurien qui, je peux vous le dire, me fascine davantage. Donc par avance, je m'excuse pour les passionnés de science-fantasy et science-fiction, ici on n'en parlera guère.  

L'Avalon de Marion Zimmer Bradley fait revivre le mythe arthurien sous la forme de huit romans. Comme chacun de ses livres, elle construit son histoire autour de portraits d'héroïnes et laisse donc ici les femmes, qui ont marqué la Matière de Bretagne, parler. 

Elle fait une belle place à la magie qui est source de tout récit de fantasy et est également intrinsèque au cycle arthurien. Elle se dévoile par l'intermédiaire de détenteurs de dons comme toutes les filles d'Avalon en possèdent. Celui-ci se manifeste à des degrés différents en fonction de l'apprentissage reçu et de leurs usages au quotidien. Ainsi Viviane et Morgane ont des pouvoirs plus développés qu'Ygerne ou Morgause. En vivant longtemps sur l’île d'Avalon et en devenant prêtresses de la Déesse, elles ont acquis des facultés beaucoup plus étendues. Elles ont par exemple la capacité de faire apparaître des lieux ou des personnes à la surface de l'eau comme si elles les regardaient à travers un miroir. Ce qui leur permet de connaître la vie de telle ou telle personne, voire même de communiquer avec ladite personne. Leurs influences sur l'Histoire de la Bretagne en seront donc plus importants. Face à elles, Ygerne n'a que peu de pouvoirs si ce n'est celui de voir l'avenir à travers des visions que la Déesse Mère lui accorde. Quant à Morgause, elle se sert essentiellement de son don pour s'adonner à la magie noire afin d'obtenir ce qu'elle désire. Toutes quatre ont la particularité de bien vieillir, c'est comme si les années n'avaient pas prises sur elles. Elles semblent immortelles même si elles ne le sont pas en réalité. Leur lien avec Avalon les garde jeunes et belles. Autres habitants de l'île sacrée sont les druides qui détiennent également le don de voir l'avenir et de le tordre à leur guise, à l'image de Merlin. Ils apparaissent comme des guides spirituels et possèdent des connaissances pour notamment guérir les maux et apporter des réponses à certaines interrogations des païens. Ils transmettent donc le culte et sont des passeurs de savoirs. A Avalon, il est possible de rencontrer le petit peuple des fées qui accompagne les prêtresses et les druides dans leur travail de transmission du culte, qui rappellent l'importance de l'attachement à la terre car c'est d'elle que tous ces êtres tirent leurs pouvoirs. On les rencontre souvent aux pieds des rochers, ou près des sources d'eau. Leur présence se manifeste par des cadeaux comme des colliers de fleurs laissés en échange de nourriture. Mais le plus fréquemment, seuls les personnes autorisées à venir sur Avalon ont l'occasion de les voir car certaines de ces créatures sont chargées de conduire la barque qui relie le monde des hommes à l'île secrète. 
Justement Avalon est le lieu, par excellence, de concentration de magie. C'est un haut lieu de rassemblement pour tous ceux qui pratiquent le culte des anciens dieux. A cause de la menace romaine et chrétienne, il est devenu secret, protégé par des brouillards magiques qui le dissimulent aux regards des non-initiés. Pour l'atteindre, il faut connaître la formule magique sinon on ère sans jamais en trouver le chemin. Ce qui renforce son caractère mystérieux et sacré. Tout y est verdoyant et fleuri. C'est un havre de paix où les prêtresses et les vierges ont trouvé refuge. Elles y méditent en toute tranquillité et se connectent plus facilement à la terre et atteignent ainsi les pouvoirs que cette dernière leur transmet.
Tout au long du cycle arthurien, il est question d'une lutte perpétuelle contre le Mal. Celui-ci se manifeste de diverses manières. Ici, l'histoire nous est conté du point de vue des femmes d'Avalon. En conséquence, le récit va mettre en exergue la lutte contre les les saxons dans un premier temps, puis les chrétiens dans un second temps, et plus particulièrement contre l'extension de leur culte qui tend à mettre de plus en plus en péril celui des anciens dieux et menace les préceptes d'Avalon, ainsi que ses habitants. Les Dames du Lac vont tenter chacune à leur tout d'endiguer cette menace. Ce fut par exemple le cas avec Viviane qui a essayé de lier Arthur par un pacte, scellé par le don d'une épée magique, Excalibur, censée le protéger de tout danger en échange de sa propre protection pour Avalon. Un échec pour Viviane qui finira par tomber sous les coups de la haine et de l'aveuglement. Morgane, également, fera tout son possible pour protéger l'île et ses mystères des envahisseurs notamment en devenant à son tour grande prêtresse. Avec le temps, l'influence des druides s'estompent au profit de la religion chrétienne. Ainsi des églises fleurissent un peu partout au détriment des pierres levées qui sont abattues. Ça sonne la fin d'une magie ancestrale qui se replie peu à peu à Avalon et dans le monde des fées pour ne plus revenir dans celui des hommes.
La quête menée par le héros est très présente dans le cycle arthurien, raison pour laquelle Marion Zimmer Bradley la met en exergue dans son présent récit. Qu'elle soit là pour unifier les peuples et protéger Avalon qui fut la destinée d'Arthur. Ce grand roi annoncé par une très vieille prophétie. Ou qu'elle corresponde au moment où pour contrer l'ennui qui s'est installé dans le cœur des chevaliers de Camelot, tous se donnent pour mission de retrouver le Graal, cette coupe mythique détentrice de grands pouvoirs mystiques. 

A la lecture de cette saga, il en ressort la volonté de Marion Zimmer Bradley de démontrer le caractère fantasy de ces textes anciens. En effet, on y retrouve bien tous les éléments propres au genre. Elle nous fait à nouveau fouler les terres sacrées de la mythique Avalon, et nous enivre allègrement de magie. A travers cette œuvre, l'auteure prouve qu'elle est autant capable de laisser vagabonder son imagination sur les terres de fantasy que de science-fiction. 

L'ensemble de son travail est notable car elle a clairement fait évoluer le genre en le mettant à la portée du sexe féminin. Ce qui pour l'époque était clairement notoire, et est intéressant, aujourd'hui, car la fantasy est un genre qui justement se féminise de plus en plus. 


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