L'influence du "gaming" à la littérature

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30/07/2017

Gregory Da Rosa, Sénéchal

La sortie en librairie de Sénéchal n'est pas passé inaperçu. En effet, les éditions Mnemos avaient bien assuré la promotion de leur nouveau poulain, Grégory Da Rosa afin d'inciter les lecteurs du genre à se ruer sur ce nouveau roman. Moi-même, je n'étais pas insensible à ce livre et je peux vous dire qu'il s'est très vite ajouter à ma liste de livres à acheter.

Aussitôt acheté, aussitôt placé en haut de ma PAL de l'été d'ailleurs. Sénéchal est un livre contre lequel on ne résiste pas longtemps.

Résumé

Tiré du lit en pleine nuit, le sénéchal Philippe Gardeval a du mal à comprendre, encore noyé dans les brumes du sommeil, que la ville est assiégée. L'heure est critique pour Lysimaque qui se voit entourer par une armée s'étendant à perte de vue dont on ignore la provenance ni même les raison d'un tel siège. Surpris par cette aberration, Philippe s'empresse de rejoindre le roi en craignant, quelque peu, la réaction de ce monarque si soupe au lait. C'est un conseil de guerre qui se tient à la cour de Lysimaque, le roi est entouré des nobles du royaume afin de déterminer la marche à suivre face à cette menace. 

En tant que sénéchal, Philippe Gardeval devra jouer un rôle important pour sortir la ville de  ce marasme. Seulement plus les jours vont passer, plus la situation va se compliquer, notamment lorsque l'épouse d'un haut dignitaire meurt empoisonnée. Le traître est donc déjà infiltré, à l'intérieur même du palais. Et pour débusquer ce ver, il faudra à Philippe Gardeval user de toute son ingéniosité.

Gregory Da Rosa donne la parole à Philippe Gardeval, sénéchal du roi, ce qui fait de lui le deuxième homme le plus influent du royaume. Un tel statut laisse penser que l'on a affaire à un héros puissant. Avec Sénéchal, Gregory Da Rosa sait nous surprendre car Philippe Gardeval est un homme vieillissant et fatigué. On est loin du fringuant chevalier à l'armure étincelante. C'est un homme dont la vie est plus derrière que devant lui. Pondéré, réfléchi Philippe est un homme d'expériences qui demeure une carte maîtresse dans la manche du roi. En dressant le portrait d'un tel héros, l'auteur distribue les cartes de son jeu différemment et donne à son récit de fantasy une toute autre orientation. 

Tout se passe à l'intérieur des murs fortifiées de la ville. Ici on est loin des grands espaces, des chevauchées épiques au cœur de paysages grandioses. Sénéchal se présente à la manière d'un cluedo dans lequel on cherche à résoudre le crime. L'enjeu est grand et d'autres têtes pourraient bien tomber si Philippe ne résout pas rapidement ces mystères. Après tout la vie du roi, et la destinée du royaume sont en jeu.

C'est une immersion complète dans une société féodale que nous dépeint Gregory Da Rosa. Tout y est pour faire revivre le Moyen-Âge jusqu'au langage employé. Ainsi, il donne une ambiance particulière à sa fantasy qui se coule bien avec l'époque du récit.

Toute jeune plume qu'il est Gregory Da Rosa révèle avec ce premier tome tout son talent. Il sait poser ses décors et mener l'action à tambour battant quand il le faut.

La magie noire qui infiltre ses lignes nous donne la chair de poule car c'est avec le diable que Gregory Da Rosa nous fait flirter. Contre lui, la lutte entre le Bien et le Mal semble perdu d'avance. Seul le dénouement sera à même de nous dire qui remportera la partie de cette joute mortelle. Enfin on l'espère!

Un premier récit puissant, dérangeant parfois, mais qui sait tenir son lecteur en haleine tant on veut savoir où l'auteur veut nous emmener. 

 Fantasy à la carte     

26/07/2017

Les Rencontres de l'Imaginaire de Brocéliande, une escapade en terre légendaire

Avant d'évoquer avec vous ces Rencontres de l'Imaginaire, je voudrais m'arrêter quelques instants sur le lieu en lui-même. A vrai dire, il n'y a pas de plus bel endroit pour installer un festival sur les littératures de l'Imaginaire que le château de Comper. C'est en ces murs que le Centre Arthurien a décidé de poser ses valises depuis 1990. 

C'est dans un paysage féerique que les visiteurs sont accueillis. On pénètre les lieux en passant sur un pont surplombant les anciennes douves, puis on franchit une petite porte fermée de grilles en fer forgé pour déboucher dans la cour du logis. Mais c'est de l'autre côté du château que l'on trouve la plus belle vue. Nos yeux se portent sur le fameux lac de Viviane qui s'étend à perte de vue et se confond au loin avec les arbres de la forêt de Brocéliande qui l'encadrent. C'est un paysage à couper le souffle qui s'étale sous nos yeux entre lac, forêt et lande. La Bretagne senorgueillit de ses merveilles. Un panorama qui donne vie à la légende et qui réveille quelque-chose au fond de notre cœur. Peut-être que par temps de brume, si votre esprit est suffisamment ouvert et que votre âme est pure, la fée du lac lèvera le voile invisible sur son palais de glace édifié par Merlin au milieu du lac. 

A Comper, l'émerveillement se poursuit lorsque l'on entre dans le château. Le début de la visite commence et se termine par la librairie spécialisée du Centre Arthurien. Pour les amoureux des livres et de la Matière de Bretagne, ce lieu est un véritable paradis qui offre plus de 600 références sur les légendes et l'Imaginaire en général. La librairie laissée derrière nous, on pénètre dans le cœur même de l'Histoire. On parcourt des espaces qui reconstituent les moments forts de la naissance d'Arthur à sa déchéance. C'est un véritable spectacle scénographique que nous propose le Centre Arthurien. Mises en scènes, effets de lumière, bande son sont là pour créer une ambiance au lieu permettant aux visiteurs de prendre la mesure du destin fabuleux de ces grands héros de la mythique Bretagne. 

Comper, c'est également un endroit qui donne la parole aux artistes en ménageant des espaces pour des expositions éphémères. C'est un lieu d'art et de création par excellence. A l'occasion de la quinzième édition des Rencontres de l'Imaginaire, c'est l'illustratrice Rebecca Dautremer qui est à l'honneur. Ainsi, quarante de ses œuvres parent cette année les murs du château afin de donner un aperçu de son travail. Les créations de trois autres illustrateurs sont également exposées comme celles de Séverine Pineaux à La Porte des Secrets (à Paimpont), ou encore celles de Lawrence Rasson et de Jim Colorex, à l'office du tourisme de Trehorenteuc. Découvrir ces lieux d'expositions apparaissaient comme un jeu de piste, un itinéraire artistique pour régaler nos yeux et notre âme devant tant de beauté, et de féerie. Ils mettent la nature et les êtres merveilleux au cœur de leurs œuvres, et le rendu nous laisse juste sans voix. Le trait délicat, l'éclat des couleurs, les jeux d'ombre et de lumière donnent de la puissance à ces compositions. Les créatures représentées nous apparaissent ainsi d'autant plus réelles. Elles donnent un souffle de vie à ces êtres chimériques et trouvent toute leur place au sein de ce lieu mythique. Des illustrations qui incitent tout simplement à la rêverie et au vagabondage de l'esprit. D'ailleurs, on perd vite la notion du temps lorsque l'on déambule d'un endroit à l'autre pour admirer ces réalisations.
D'autres auteurs et illustrateurs ont répondu à l'invitation. Ils étaient quarante. Ainsi, le temps d'un salon du livre, on pouvait discuter et se faire dédicacer leurs livres ou leurs illustrations dans la cour de Comper ou les écouter lors des tables rondes. Beaucoup d'habitués des lieux comme Nathalie Dau, Pierre Pevel, Estelle Faye, Hélène Larbaigt, Chantal Robillard, Brucero, Lawrence Rasson vous accueillaient sourire aux lèvres pour papoter autour de leurs œuvres. Les organisateurs du festival ont bien fait les choses en proposant quatre conférences qui portaient tantôt sur la féerie, les mythes celtiques, tantôt sur les contes ou l'uchronie. Des thèmes chers à la littérature fantasy puisqu'ils sont récurrents. Un bon moment pour explorer les univers des différents auteurs, illustrateurs présents et se donner ainsi de nouvelles pistes de lecture.
Bien entendu les Rencontres de l'Imaginaire n'est qu'un exemple de la saison culturelle du Centre Arthurien car les événements y sont nombreux et variés comme La Pentecôte du roi Arthur ou Les Médiévales de Brocéliande pour ne citer qu'eux. 

Les Rencontres de l'Imaginaire, c'est une semaine d'animations pour les petits et grands. Il y a par exemple des ateliers qui sont mis en place pour apprendre à devenir un vrai chevalier en maîtrisant les bases de l'escrime, ou à participer à un atelier de marionnettes. Il y a des balades contées, des récitals, des contes sous le grand chêne de Comper, des projections cinématographiques aussi. 

Un marché médiéval se tenait à Paimpont où les artisans créateurs de Brocéliand'co exposaient. 

La possibilité pour les écrivains et artistes en herbe de rencontrer des professionnels étaient également faisables. Une manière de renouveler le terreau en donnant la chance aux nouveaux talents de sortir de l'ombre. 

En somme le Centre Arthurien offre un festival très complet qui donne envie d'en découvrir toujours plus sur les légendes arthuriennes. On se laisse s'y facilement séduire par ce mythe éternel. 

C'est un lieu hors du temps que la forêt de Brocéliande. Elle dissimule des endroits secrets et incontournables comme Le Val sans Retour, la Fontaine de Barenton ou encore l'Arbre d'Or. Il est clair que l'on ressort de ce périple changé comme transformé par tous les êtres fantasmagoriques qui peuplent les lieux.  

Malgré un weekend largement arrosé, ma découverte du château de Comper a été ponctuée d'une belle éclaircie comme si la fée Viviane en personne m'invitait à visiter son antre en toute sérénité et au sec. 
Un festival unique qui fait tout simplement battre notre cœur à l'unisson des grands héros de la geste arthurienne. 

Fantasy à la carte

09/07/2017

Paul Beorn, Le Septième Guerrier-Mage

Souvent nommé aux prix des littératures de l'Imaginaire les plus prestigieux, Paul Beorn obtient enfin sa consécration avec son dernier roman Le Septième Guerrier-Mage qui a reçu en 2016 le prix des lycéens aux Imaginales. Édité par les éditions Bragelonne, c'est un coup de maître pour la maison d'édition qui bénéficie des retombées médiatiques de ce festival.

Mais cette récompense est également un gage de lecture coup de cœur pour le lecteur. En tout cas, cela a été pour ma part une motivation de lecture. Et c'est avec cette idée en tête que je me suis plongée dans ce nouveau roman.

Dès les premières pages, on entre à pieds joints dans un récit d'héroic fantasy, tout ce qu'il y a de plus traditionnel. Raconté à la première personne, Paul Beorn conte le destin exceptionnel de son héros. Dans la veine des derniers romans de fantasy à la mode, l'auteur a également choisi de mettre en scène un mercenaire, un héros tellement torturé qu'il a tant et plus à nous dire. Ce qui rend la lecture plus sémillante et même troublante. En effet, tous assassins qu'ils sont, ces héros d'un nouveau genre plaisent, fascinent et on s'y attache. Déroutant, non? 

Jal est un orphelin, un déraciné, un déserteur dont on apprend le passé par bribes en même temps que lui car il est amnésique. Les souvenirs lui reviennent à travers ses rêves. Arraché à sa mère et à son frère alors qu'il n'était qu'un très jeune garçon, puis formé à l'activité d'assassin dans une sorte de secte tenue d'une poigne de fer par un maître au visage dissimulé par un masque, Jal est un héros tourmenté par son passé. Image même de l'anti-héros comme on en rencontre de plus en plus en fantasy, Jal est un personnage intéressant. Il en a suffisamment sous la pédale pour nous tenir en haleine tout au long du livre.

Retrouvé inconscient par les villageois d'une discrète vallée, au milieu d'une dizaine de cadavres de soldats, ce combattant hors-norme est une aubaine pour les habitants qui voient en lui leur sauveur. Bien que dissimulée, la vallée est menacée par une immense armée qui brûle, pille et détruit tout sur son passage. Le danger n'a jamais été aussi grand. C'est pourquoi lorsqu'ils découvrent Jal, ils lui mettent la pression pour qu'il reste et assure leur défense. Quand je dis "ils", je devrais plutôt dire "elle" car c'est surtout la fille du seigneur des lieux, Rikken, qui fera tout pour que Jal reste, tantôt en l'achetant, tantôt en le menaçant. Étonnamment, ce solitaire de Jal accepte. C'est ainsi, que le voilà en train de former ces culs-terreux au maniement des armes, et à la défense de leur village. Mission impossible et totalement suicidaire, Jal au passé si sanguinaire se voit doter d'une conscience. Il redevient peu à peu un homme de paroles, un homme d'honneur. En fait, c'est grâce à la présence à ses côtés d'une petit Alfing prénommée Gloutonne qui, à l'image de Jiminy Cricket pour Pinocchio, apparaît comme sa conscience. 

Un roman qui nous fait prendre la mesure de ce qu'est un héros. On ne naît pas ainsi, on le devient.

Sur fond de guerre, la lutte entre le Bien et le Mal n'a jamais été aussi vive. Pour Jal elle est à tous les niveaux. Lutter contre ses habitudes de mercenaire, de déserteur, de solitaire égoïste afin d'aider cette population en détresse. Lutter contre les envahisseurs dont il faisait partie il y a peu de temps encore. Les ennemis d'hier deviennent les alliés d'aujourd'hui. Une lutte perpétuelle qui présage de grands changements pour ce héros qui est en train de forger sa légende. 

Dans Le Septième Guerrier-Mage, Paul Beorn s'est laissé emporter dans des descriptions enlevées de grandes batailles où la magie s'infiltre allègrement pour donner du spectaculaire aux combats. Jal lui-même est doué de magie mais il ne l'apprend que tardivement au moment le plus critique de l'action. 

Un long récit parcouru de moments forts dont la fluidité est telle qu'on se coule avec une grande facilité dans l'histoire. Dès les premières lignes, l'auteur dissémine ici ou là des éléments essentiels à la pleine compréhension de l'histoire, des détails qui n'en sont pas mais qui révéleront bien plus tard de leur importance. 

Estampillé roman "coup de cœur" par Fantasy à la carte, ce livre mérite amplement son prix. Et il est certain que les amoureux du genre prendront le même plaisir que moi à le lire.

Fantasy à la carte 

    

02/07/2017

Chloé Chevalier, Véridienne, Récits du Demi-Loup, tome 1

Nouveau talent découvert par Les moutons électriques, Chloé Chevalier signe ici un premier roman de fantasy très prometteur. 

Le récit est construit de manière fragmentaire puisque l'auteure a choisi de réunir différentes correspondances pour relater son histoire. Ainsi, on s'immerge dans cet univers tantôt en lisant les mémoires de l'héritier du trône du Demi-Loup, tantôt en consultant le journal intime d'une des protagonistes, ou en se plongeant carrément dans des lettres officielles ou personnelles. Un procédé qui peut, de premier abord, dérouter mais qui s'avère diaboliquement efficace pour conserver toute l'attention de ses lecteurs. 

Véridienne, c'est avant tout une ville, la capitale du royaume. C'est le cœur même du pouvoir et donc le centre de l'action. C'est aussi une cour où les intrigues fourmillent comme il est d'usage dans toutes les cours. En fait, toutes ces intrigues vont graviter autour de cinq héroïnes: deux princesses et leurs trois suivantes.

Dans le royaume du Demi-Loup, il existe une tradition. Celle de doter d'un suivant chaque héritier de la famille royale. Ainsi, celui qui est désigné doit être né un jour après ledit héritier. Or, le roi Aldemar, à la naissance de sa fille Malvane, a eu beaucoup de mal à lui trouver une suivante. En effet, après avoir parcouru bien des lieues, il ne lui trouva qu'une suivante née deux jours après jusqu'à ce qu'il lui déniche celle qui correspondra davantage aux exigences de la tradition. C'est pourquoi, la princesse Malvane est la seule héritière flanquée de deux suivantes: Nerses et Cathelle. 

En outre, Véridienne est si excentrée par rapport à la vastitude du royaume que celui-ci est depuis longtemps scindé en deux avec une ligne nette de démarcation. C'est à Aldemar que revient le rôle de roi dont l'autorité est assise dans la capitale, et à son frère Caldemir de diriger Les Eponas (la partie la plus éloignée du royaume). Ce mode de gouvernance a bien fonctionné tant que les deux frères tenaient les rennes du pouvoir. Seulement la disparition tragique du cadet va précipiter le royaume dans le chaos.
Déjà avec la prise de pouvoir par les Chats aux Eponas, obligeant la jeune Calvina et sa suivante Lufthilde à partir sur les routes dangereuses du royaume pour rejoindre Véridienne.
Mais cette mutinerie n'est que la première étape qui va limoger peu à peu la puissance du Demi-Loup. A cela s'ajoute la menace des terres de l'Est qui va précipiter le royaume dans une longue guerre menée par le fils du roi, loin des frontières. Une guerre d'usure qui risque d'avoir raison de Véridienne, surtout avec les conflits internes menés par les contes, eux-mêmes, qui n'ont de cesse de chercher à destituer la famille régnante.  

Un récit qui nous raconte de l'intérieur la vie d'un royaume du plus fort de son rayonnement à sa lente décadence. Un premier roman qui n'est qu'un avant-goût du riche univers dépeint par Chloé Chevalier. 
Il est si facile de se laisser envoûter par la plume de cette auteure tant elle est bien rythmée. Malgré la difficulté de mettre en scène une multitude de personnages, elle réussit avec brio le challenge de ne pas nous égarer. Plus, elle dresse minutieusement le portrait de chacun de ses héros que l'on prend plaisir de connaître leurs vies, leurs pensées les plus intimes, les secrets qui les rongent. Davantage que l'histoire d'un royaume, c'est surtout le destin d'une famille prise dans la tourmente de la vie.  

Découverte à l'édition 2016 des Imaginales, lors d'une table ronde qui portait sur La fantasy...une littérature de l'émotion dont Chloé Chevalier était invitée avec Nathalie Dau et Nabil Ouali, il aurait été dommage de laisser ce roman dormir plus longtemps dans ma bibliothèque.


Fantasy à la carte