L'influence du "gaming" à la littérature

09/07/2017

Paul Beorn, Le Septième Guerrier-Mage

Souvent nommé aux prix des littératures de l'Imaginaire les plus prestigieux, Paul Beorn obtient enfin sa consécration avec son dernier roman Le Septième Guerrier-Mage qui a reçu en 2016 le prix des lycéens aux Imaginales. Édité par les éditions Bragelonne, c'est un coup de maître pour la maison d'édition qui bénéficie des retombées médiatiques de ce festival.

Mais cette récompense est également un gage de lecture coup de cœur pour le lecteur. En tout cas, cela a été pour ma part une motivation de lecture. Et c'est avec cette idée en tête que je me suis plongée dans ce nouveau roman.

Dès les premières pages, on entre à pieds joints dans un récit d'héroic fantasy, tout ce qu'il y a de plus traditionnel. Raconté à la première personne, Paul Beorn conte le destin exceptionnel de son héros. Dans la veine des derniers romans de fantasy à la mode, l'auteur a également choisi de mettre en scène un mercenaire, un héros tellement torturé qu'il a tant et plus à nous dire. Ce qui rend la lecture plus sémillante et même troublante. En effet, tous assassins qu'ils sont, ces héros d'un nouveau genre plaisent, fascinent et on s'y attache. Déroutant, non? 

Jal est un orphelin, un déraciné, un déserteur dont on apprend le passé par bribes en même temps que lui car il est amnésique. Les souvenirs lui reviennent à travers ses rêves. Arraché à sa mère et à son frère alors qu'il n'était qu'un très jeune garçon, puis formé à l'activité d'assassin dans une sorte de secte tenue d'une poigne de fer par un maître au visage dissimulé par un masque, Jal est un héros tourmenté par son passé. Image même de l'anti-héros comme on en rencontre de plus en plus en fantasy, Jal est un personnage intéressant. Il en a suffisamment sous la pédale pour nous tenir en haleine tout au long du livre.

Retrouvé inconscient par les villageois d'une discrète vallée, au milieu d'une dizaine de cadavres de soldats, ce combattant hors-norme est une aubaine pour les habitants qui voient en lui leur sauveur. Bien que dissimulée, la vallée est menacée par une immense armée qui brûle, pille et détruit tout sur son passage. Le danger n'a jamais été aussi grand. C'est pourquoi lorsqu'ils découvrent Jal, ils lui mettent la pression pour qu'il reste et assure leur défense. Quand je dis "ils", je devrais plutôt dire "elle" car c'est surtout la fille du seigneur des lieux, Rikken, qui fera tout pour que Jal reste, tantôt en l'achetant, tantôt en le menaçant. Étonnamment, ce solitaire de Jal accepte. C'est ainsi, que le voilà en train de former ces culs-terreux au maniement des armes, et à la défense de leur village. Mission impossible et totalement suicidaire, Jal au passé si sanguinaire se voit doter d'une conscience. Il redevient peu à peu un homme de paroles, un homme d'honneur. En fait, c'est grâce à la présence à ses côtés d'une petit Alfing prénommée Gloutonne qui, à l'image de Jiminy Cricket pour Pinocchio, apparaît comme sa conscience. 

Un roman qui nous fait prendre la mesure de ce qu'est un héros. On ne naît pas ainsi, on le devient.

Sur fond de guerre, la lutte entre le Bien et le Mal n'a jamais été aussi vive. Pour Jal elle est à tous les niveaux. Lutter contre ses habitudes de mercenaire, de déserteur, de solitaire égoïste afin d'aider cette population en détresse. Lutter contre les envahisseurs dont il faisait partie il y a peu de temps encore. Les ennemis d'hier deviennent les alliés d'aujourd'hui. Une lutte perpétuelle qui présage de grands changements pour ce héros qui est en train de forger sa légende. 

Dans Le Septième Guerrier-Mage, Paul Beorn s'est laissé emporter dans des descriptions enlevées de grandes batailles où la magie s'infiltre allègrement pour donner du spectaculaire aux combats. Jal lui-même est doué de magie mais il ne l'apprend que tardivement au moment le plus critique de l'action. 

Un long récit parcouru de moments forts dont la fluidité est telle qu'on se coule avec une grande facilité dans l'histoire. Dès les premières lignes, l'auteur dissémine ici ou là des éléments essentiels à la pleine compréhension de l'histoire, des détails qui n'en sont pas mais qui révéleront bien plus tard de leur importance. 

Estampillé roman "coup de cœur" par Fantasy à la carte, ce livre mérite amplement son prix. Et il est certain que les amoureux du genre prendront le même plaisir que moi à le lire.

Fantasy à la carte 

    

02/07/2017

Chloé Chevalier, Véridienne, Récits du Demi-Loup, tome 1

Nouveau talent découvert par Les moutons électriques, Chloé Chevalier signe ici un premier roman de fantasy très prometteur. 

Le récit est construit de manière fragmentaire puisque l'auteure a choisi de réunir différentes correspondances pour relater son histoire. Ainsi, on s'immerge dans cet univers tantôt en lisant les mémoires de l'héritier du trône du Demi-Loup, tantôt en consultant le journal intime d'une des protagonistes, ou en se plongeant carrément dans des lettres officielles ou personnelles. Un procédé qui peut, de premier abord, dérouter mais qui s'avère diaboliquement efficace pour conserver toute l'attention de ses lecteurs. 

Véridienne, c'est avant tout une ville, la capitale du royaume. C'est le cœur même du pouvoir et donc le centre de l'action. C'est aussi une cour où les intrigues fourmillent comme il est d'usage dans toutes les cours. En fait, toutes ces intrigues vont graviter autour de cinq héroïnes: deux princesses et leurs trois suivantes.

Dans le royaume du Demi-Loup, il existe une tradition. Celle de doter d'un suivant chaque héritier de la famille royale. Ainsi, celui qui est désigné doit être né un jour après ledit héritier. Or, le roi Aldemar, à la naissance de sa fille Malvane, a eu beaucoup de mal à lui trouver une suivante. En effet, après avoir parcouru bien des lieues, il ne lui trouva qu'une suivante née deux jours après jusqu'à ce qu'il lui déniche celle qui correspondra davantage aux exigences de la tradition. C'est pourquoi, la princesse Malvane est la seule héritière flanquée de deux suivantes: Nerses et Cathelle. 

En outre, Véridienne est si excentrée par rapport à la vastitude du royaume que celui-ci est depuis longtemps scindé en deux avec une ligne nette de démarcation. C'est à Aldemar que revient le rôle de roi dont l'autorité est assise dans la capitale, et à son frère Caldemir de diriger Les Eponas (la partie la plus éloignée du royaume). Ce mode de gouvernance a bien fonctionné tant que les deux frères tenaient les rennes du pouvoir. Seulement la disparition tragique du cadet va précipiter le royaume dans le chaos.
Déjà avec la prise de pouvoir par les Chats aux Eponas, obligeant la jeune Calvina et sa suivante Lufthilde à partir sur les routes dangereuses du royaume pour rejoindre Véridienne.
Mais cette mutinerie n'est que la première étape qui va limoger peu à peu la puissance du Demi-Loup. A cela s'ajoute la menace des terres de l'Est qui va précipiter le royaume dans une longue guerre menée par le fils du roi, loin des frontières. Une guerre d'usure qui risque d'avoir raison de Véridienne, surtout avec les conflits internes menés par les contes, eux-mêmes, qui n'ont de cesse de chercher à destituer la famille régnante.  

Un récit qui nous raconte de l'intérieur la vie d'un royaume du plus fort de son rayonnement à sa lente décadence. Un premier roman qui n'est qu'un avant-goût du riche univers dépeint par Chloé Chevalier. 
Il est si facile de se laisser envoûter par la plume de cette auteure tant elle est bien rythmée. Malgré la difficulté de mettre en scène une multitude de personnages, elle réussit avec brio le challenge de ne pas nous égarer. Plus, elle dresse minutieusement le portrait de chacun de ses héros que l'on prend plaisir de connaître leurs vies, leurs pensées les plus intimes, les secrets qui les rongent. Davantage que l'histoire d'un royaume, c'est surtout le destin d'une famille prise dans la tourmente de la vie.  

Découverte à l'édition 2016 des Imaginales, lors d'une table ronde qui portait sur La fantasy...une littérature de l'émotion dont Chloé Chevalier était invitée avec Nathalie Dau et Nabil Ouali, il aurait été dommage de laisser ce roman dormir plus longtemps dans ma bibliothèque.


Fantasy à la carte